Inde : les travailleurs du thé en grève

29 Août 2018

Plus de 400 000 ouvriers des plantations de thé du Bengale occidental, au nord-est de l’Inde, ont cessé le travail au début du mois d’août pour exiger des augmentations de salaires d’au moins 20 %.

La culture du thé dans de grandes plantations sur les contreforts de l’Himalaya, date de l’époque coloniale britannique. L’Inde est le deuxième producteur mondial de thé : 3,5 millions de travailleurs récoltent un million de tonnes par an, en grande partie pour l’exportation. Les planteurs livrent leur production à des multinationales comme Unilever (thés Lipton), Tata (Tetley...), ABF (Twinnings) qui, elles-mêmes, possèdent certaines plantations. Les travailleurs (surtout des travailleuses pour la cueillette des feuilles) sont employés dans des conditions semi-féodales, logés par leur employeur dans des villages isolés, dans des baraques vétustes, dépendant de lui pour tout. L’eau potable et les toilettes restent un luxe, les pesticides sont utilisés souvent sans protection.

Le salaire journalier versé à la plupart était de l’ordre de 130 roupies (1,66 euro) jusqu’en décembre dernier, inférieur au salaire minimum (3,70 euros par jour au Bengale occidental), un salaire d’où sont déduits les frais de garde d’enfants ou de logement. La misère pousse bien des parents à faire travailler leurs enfants, voire à les vendre, les filles en particulier. En 2014, une centaine de cueilleurs de la région sont même morts de faim.

Les syndicats avaient lancé le mouvement pour le 7 août en demandant 203 à 239 roupies par jour, en plus des repas, du logement et des soins de santé et d’éducation, soit entre 40 centimes et 1 euro d’augmentation. La grève a bloqué trois jours le travail de 370 plantations en pleine saison de récolte, avec la perte de milliers de tonnes de thé, tandis qu’une partie des grévistes manifestaient dans la ville de Siliguri. Ils menacent de remettre cela si le gouvernement local n’obtient pas un accord avec les employeurs.

L’an dernier, à la même période de récolte du thé, des centaines de milliers de travailleurs avaient déjà paralysé les plantations de la région durant quatre mois pour obtenir d’être payés au moins au salaire minimum officiel. Visiblement, ils n’ont pas dit leur dernier mot.

Frédéric GESROL