Heures supplémentaires : travailler plus sans gagner plus

29 Août 2018

Maniant avec dextérité le mépris pour les classes populaires, Édouard Philippe a justifié les nouvelles attaques du gouvernement en affirmant : « Nous faisons le choix du travail. »

Il fait ainsi d’une pierre deux coups. Il sous-entend que ceux qui bénéficient des allocations sont des assistés, et il met en avant la mesure phare du gouvernement : les heures supplémentaires seront exonérées de cotisations salariales. Il ne s’agit-là que d’une version réchauffée du vieux plat qu’avait sorti en son temps Sarkozy, avec son « travailler plus pour gagner plus ». Cette mesure aboutira à une petite augmentation sur la feuille de paie d’« en moyenne plus de 200 euros supplémentaires par an », selon le Premier ministre. Pour l’OFCE, observatoire français des conjonctures économiques, le gain moyen ne serait en réalité que de 88 euros.

Ce complément de revenu, même d’un montant aussi faible, sera le bienvenu pour nombre de travailleurs qui n’ont que ce moyen pour parvenir à boucler les fins de mois. Mais, outre le fait que ce ne sont pas les travailleurs qui décident des heures supplémentaires à effectuer, cette mesure sera utilisée par les patrons comme prétexte pour ne pas augmenter les salaires et pour ne pas embaucher. Toujours selon l’OFCE, une telle mesure menacerait même 19 000 emplois, puisque les entreprises auront moins besoin de recruter. Faire travailler plus sans rien payer d’autre que quelques heures supplémentaires – lorsqu’elles seront payées –, quel parfait moyen pour le patronat d’augmenter ses profits !

La seule solution pour enrayer la dégradation des conditions de vie, ce serait d’augmenter réellement les salaires et de les indexer sur le coût de la vie. Mais cela, aucun gouvernement n’en fera cadeau aux travailleurs : ils ne pourront compter que sur leurs propres luttes.

Camille PAGLIERI