Italie : le “décret dignité” étend la précarité

08 Août 2018

Le 7 août, les députés italiens ont approuvé le bien mal nommé « décret dignité ». Présenté par Di Maio, le ministre de l’Économie, il est censé lutter contre la précarité. L’abolition du Jobs Act, la version italienne de la loi travail, faisait partie des promesses de campagne du Mouvement Cinq étoiles (M5S), le parti du jeune loup Di Maio. Ce dernier est la deuxième tête du gouvernement bicéphale Ligue-M5S qui s’est mis en place fin mai. Depuis, c’est Salvini, ministre de l’Intérieur et dirigeant de la Ligue d’extrême droite, qui tient la vedette en multipliant les attaques contre les migrants.

Di Maio tente aussi d’occuper le devant de la scène avec son décret, présenté comme un moyen de « porter un coup mortel à la précarité ». En fait de « coup mortel », il n’y a même pas d’égratignure ! Les mesures de Di Maio, loin de s’opposer à la précarité, se contentent d’en redéfinir les contours. Il n’est question que de limiter la durée d’utilisation des CDD à 24 mois maximum et de passer de cinq renouvellements possible à quatre. Au bout de 12 mois de contrat en CDD, le patron serait également tenu de justifier le maintien d’un emploi à durée déterminée. Et le tout est assorti de possibilités d’exemption pour justifier le recours aux CDD et leur prolongation au-delà des quatre renouvellements. Pire, le système des « voucher », sorte de chèque-emploi qui permet d’employer un travailleur pour des durées très limitées, de quelques heures à quelques jours, est étendu à de nouveaux secteurs dans l’agriculture, le tourisme et la fonction territoriale.

Cela n’a pas empêché le patronat de hurler à la mort de l’entreprise. Ces cris d’agonie ont été perçus par Salvini, qui s’est empressé de taper sur les doigts de Di Maio en déclarant : « C’est très bien de s’attaquer à la précarité, mais il ne faut pas que cela nuise aux entreprises en les contraignant à se tourner vers le travail au noir. »

Salvini s’adresse ainsi à une partie de la base électorale traditionnelle de la Ligue : commerçants, patrons d’entreprises petites ou moyennes, petits bourgeois réactionnaires du Nord. Il assure du même coup au grand patronat que son gouvernement n’a pas l’intention d’écorner ses profits, ni de lui imposer la moindre contrainte. Quant à Di Maio, avec ses déclarations de guerre à la précarité, il est animé des mêmes préoccupations politiciennes, mais tournées vers l’autre partie de l’électorat du M5S et de la Ligue, celui des régions les plus pauvres et du monde du travail. Lui qui promettait en campagne de « licencier le Jobs Act » a sagement fait rentrer son décret dignité dans le cadre existant, sans en remettre en cause une seule ligne.

Au bout de quelques semaines au pouvoir, ce gouvernement montre ce que valent ses promesses de « s’occuper des Italiens ». L’emploi précaire n’est pas remis en cause et aucune des mesures sociales promises n’est réalisée. En ce qui concerne la retraite, Di Maio affirmait vouloir abaisser l’âge de départ et augmenter le niveau des pensions. Il parle maintenant de s’en prendre aux retraités les plus aisés pour augmenter les pensions les plus basses. Quant au revenu minimum universel, qui a rapporté au M5S une large fraction des voix du Sud, où le chômage représente une catastrophe sociale, le voilà remis à plus tard. Il serait en outre assorti d’heures de travail obligatoire et gratuit pour les collectivités territoriales…

Ce gouvernement n’hésite pas à prendre et à mettre en scène les mesures les plus odieuses contre les migrants et s’aplatit devant la moindre volonté patronale. Il confirme, s’il en était besoin, que pour cesser de s’enfoncer dans la misère, les travailleurs n’ont d’autre choix que de se battre, et de le faire ensemble quelle que soit leur origine ou leur nationalité.

Nadia CANTALE