Nigeria : le pillage des trusts pétroliers

30 Mai 2018

Le procès de deux compagnies pétrolières, l’italienne ENI et l’anglo-néerlandaise Shell, accusées de corruption au Nigeria, devrait s’ouvrir à Milan le 20 juin, à l’issue de deux reports arrachés par une armée d’avocats.

Après la mise en examen du milliardaire Bolloré par la justice française, lui aussi soupçonné de corruption en Afrique, cette affaire vient rappeler que, si les dirigeants africains sont souvent corrompus, la source essentielle de cette corruption provient des trusts de pays impérialistes occidentaux.

Les deux compagnies sont accusées d’avoir versé en 2011 un milliard d’euros de pots-de-vin pour un champ pétrolier prometteur à un intermédiaire, Dan Etete. Il y a vingt ans, celui-ci avait profité de son poste de ministre du Pétrole du Nigeria pour s’attribuer les droits sur ce champ. Depuis, le champ a changé de main au gré des alternances à la tête du pays, passant à Shell puis à une compagnie opaque fondée par Dan Etete et enfin à l’État du Nigeria. Avec l’arrivée au pouvoir du président Goodluck Jonathan ont commencé les négociations menant en 2011 à la vente du champ pétrolier à Shell et à l’ENI pour 1,3 milliard de dollars versés à l’État nigérian, dont il a reversé 800 millions à Dan Etete. À partir de là, l’argent se perd dans un vaste réseau de sociétés offshore et de grandes banques, dont J P Morgan. Le procureur de Milan, Fabio De Pasquale, qui avait déjà fait condamner Silvio Berlusconi pour évasion fiscale, est arrivé à la conclusion que la piste de la corruption aboutissait à des dirigeants de l’ENI et de Shell et à des responsables politiques de différents pays. Avec l’arrivée à la tête du Nigeria d’un nouveau président, qui n’utilise pas les mêmes intermédiaires que Goodluck Jonathan, la justice nigériane se penche aussi sur la question.

Le Nigeria figure dans la liste des premiers producteurs mondiaux de pétrole, mais sa population ne profite en rien de cette richesse et vit en majorité dans la misère. La responsabilité en est aux compagnies pétrolières qui détournent allègrement la principale ressource du pays, quitte à laisser au passage quelques milliards de pourboire à leurs complices nigérians.

Daniel MESCLA