Les marchés financiers en embuscade30/05/20182018Journal/medias/journalnumero/images/2018/06/2600.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Les marchés financiers en embuscade

Le président Mattarella a obéi à la pression des marchés financiers, qui se livrent depuis quelques jours à des opérations spéculatives contre l’Italie.

Dès que les tractations entre les deux partis, qui ont dirigé une partie de leur démagogie contre l’Union européenne, ont débouché sur la désignation d’un chef du gouvernement, les financiers ont commencé à revendre des emprunts d’État italiens ou des actions de sociétés italiennes. La Bourse de Milan a perdu 4 % en quelques jours, tandis que les taux d’intérêt auxquels l’État italien peut emprunter se sont envolés. Alors que l’Allemagne emprunte actuellement à dix ans avec un taux de 0,8 %, celui de l’Italie vient de dépasser 3 % pour la même monnaie, l’euro.

L’Italie subit le même genre d’attaques que la Grèce en 2011. Les marchés financiers, autrement dit les banques, les fonds d’investissement, des capitalistes divers et variés mais bien réels, ni virtuels ni anonymes, entendent ainsi peser sur la politique économique des futurs gouvernements italiens. La Ligue et le M5S ne comptaient pas sortir de l’euro, mais ils avaient fait quelques vagues promesses qui, appliquées, auraient pu accroître le déficit public. Au pouvoir, ces deux partis auraient évidemment mené la politique antiouvrière exigée par la bourgeoisie. Mais la pression des financiers, relayée par une multitude de journalistes, est d’abord destinée à faire accepter les sacrifices aux classes populaires, en Italie comme ailleurs. Comme l’a déclaré avec cynisme un commissaire européen, « les marchés financiers vont apprendre aux Italiens à bien voter ».

Au-delà de la crise politique italienne, ces attaques spéculatives révèlent la persistance de la crise financière en général et de celle de la zone euro en particulier. L’Espagne a d’ailleurs subi une offensive similaire, du fait des déboires politiques du gouvernement Rajoy. Quoi qu’en disent ministres et économistes, l’économie capitaliste n’est pas sortie de la crise. Les grandes banques continuent d’emprunter à des taux quasiment nuls auprès des banques centrales, mais n’utilisent presque pas ces capitaux pour investir dans la production ou dans des infrastructures utiles. Il y a tellement de capitaux disponibles en circulation, à la recherche d’opérations spéculatives profitables à très court terme, que toutes les crises politiques sont bonnes à exploiter.

Ce faisant, les spéculateurs aggravent les difficultés des pays concernés. Ils prennent le risque de faire éclater la zone euro, ce qui déclencherait une crise plus grave encore. Par leur chantage permanent sur les gouvernements, ils alimentent l’hostilité des classes populaires vis-à-vis de l’Union européenne, renforçant un peu plus les partis xénophobes comme la Ligue ou le Mouvement 5 étoiles en Italie.

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