Hébergement d’urgence : le tri des pauvres

30 Mai 2018

Dans le département des Hauts-de-Seine, des associations tirent la sonnette d’alarme : des familles logées à l’hôtel dans le cadre de l’hébergement d’urgence reçoivent des ordres d’expulsion, car elles ne sont pas considérées comme suffisamment en détresse.

Dans les prochains jours, selon Droit au logement, en conséquence d’une diminution des crédits de l’État, 300 places doivent être supprimées dans les Hauts-de-Seine. Une centaine de familles risquent ainsi d’être mises dehors. Désormais, les seuls à pouvoir espérer avoir une place dans un hôtel en appelant le 115 sont les femmes enceintes, les victimes de violences conjugales ou contraintes à la prostitution, les parents d’un enfant de moins de trois ans et les personnes handicapées. Ces conditions draconiennes touchent y compris les personnes qui ont déjà une place en hôtel, car elles doivent rappeler chaque mois le 115 pour faire une demande de renouvellement. Celles qui ne répondent pas aux critères disposent d’un délai de quinze jours à un mois pour quitter leur chambre.

En Île-de-France, plus de 550 hôtels hébergent des personnes orientées par le 115, dont 400 qui se sont ainsi spécialisés, n’accueillant aucune clientèle touristique. Une enquête de 2013 du Samu social de Paris indiquait que 21 % des chambres étaient dépourvues d’un lieu où cuisiner, 29 % de toilettes ou de douches et 41 % ne disposaient que d’un seul lit pour parents et enfants. Face à cette situation, le gouvernement Hollande avait annoncé, en février 2015, un plan pour « offrir aux familles des conditions d’hébergement plus dignes et mieux adaptées à leurs besoins ». Ce plan censé être triennal avait duré… le temps d’une conférence de presse. En 2016, le nombre de nuitées a encore augmenté de 12 % et il est donc fréquent que le système vienne à saturation. Et voilà maintenant que le gouvernement Macron en rajoute une couche.

Cela se passe dans la région la plus riche du pays, siège de sociétés bien souvent à l’origine de la misère de ceux qu’elles ont licenciés. Elles se déchargent des conséquences de ces licenciements sur l’État qui finance – de moins en moins – ce service.

Jean SANDAY