Brésil : la grève des camionneurs

30 Mai 2018

La grève des camionneurs brésiliens est entrée dans sa deuxième semaine. Elle a commencé le lundi 21 mai, contre la hausse quotidienne du prix des carburants et du gaz domestique organisée par la compagnie nationale Petrobras, plongée, ces dernières années, dans un scandale politico-financier sans fin.

Aujourd’hui, cette même société Petrobras montre sa nuisance économique. Au Brésil, les conducteurs de camions sont des millions, salariés et indépendants. Une association des camionneurs indépendants revendique 600 000 adhérents. Il y a très peu de chemins de fer et 60 % du trafic passe par les routes et autoroutes, fréquemment saturées même en temps normal. Les mouvements contre les hausses des carburants sont chroniques, le dernier datant de 2015.

Aujourd’hui, avec la grève dans tout le pays, c’est bien souvent le blocage total : stations-service fermées ou signalées par des kilomètres de queue, transports publics, collecte des ordures et aéroports arrêtés faute de carburant, supermarchés non ravitaillés, usines au chômage faute de pièces, marchés vides, volailles et porcs mourant de faim par dizaines de millions, embouteillages monstres dans les villes, hôpitaux en rupture de fournitures et de médicaments.

Petrobras s’est en effet mis à ajuster ses prix au jour le jour, pour suivre la hausse des prix du pétrole brut et maximiser ses profits. En deux ans, le gazole a augmenté de plus de 200 %. Mais les augmentations visent aussi à préparer une privatisation de certains secteurs. Petrobras, qui a cessé d’investir dans le raffinage du pétrole, annonce la vente de quatre raffineries et la fermeture d’usines d’engrais. Du coup les ouvriers du pétrole se sentent menacés et certains sont partis en grève dimanche 27 mai, rejoignant les camionneurs.

Vendredi 25, le président Temer a tenté de sortir de la crise. Il a proposé aux patrons du transport routier de baisser de 12 % le prix du gazole, en indemnisant Petrobras pour le manque à gagner, de bloquer ce prix pendant deux mois et de ne l’augmenter que de mois en mois. En même temps, il ordonnait aux polices des États et à la police fédérale ainsi qu’à l’armée de libérer les axes routiers. Plus facile à dire qu’à faire. Aussi bien les militaires que les syndicats de camionneurs ont mollement réagi aux propositions du président. Les généraux ne cherchent pas l’affrontement avec les camionneurs, ils préfèrent négocier.

Cette grève intervient dans un contexte de crise économique et politique. 14 millions d’hommes et de femmes sont aujourd’hui au chômage (13 %) et autant travaillent à temps partiel ou ont cessé de chercher du travail. La grève rencontre la sympathie des travailleurs, qui tous souffrent des hausses des carburants et du gaz pour la cuisine. Par ailleurs le président est déconsidéré, compromis dans le scandale Petrobras, rejeté par son propre parti. Il a renoncé à être candidat en octobre, quand seront aussi renouvelés députés locaux et fédéraux, sénateurs et gouverneurs d’État.

La grève des camionneurs cristallise ainsi un large mécontentement existant dans toutes les couches populaires, dans une période préélectorale. Le gouvernement actuel semble incapable de l’arrêter ou de la satisfaire dans son ensemble. La question du prix du carburant fait l’unité de composantes aux intérêts contradictoires : salariés, artisans propriétaires de leur camion, petits patrons et grandes entreprises de camionnage. Il faut espérer que son issue renforcera la classe ouvrière.

Vincent GELAS