Gendarme raciste en Guyane : l’héritage pourri d’un État colonial

08 Mai 2018

Le 21 avril, après avoir séjourné trois mois en Guyane, un chef d’escadron de gendarmerie a tenu des propos ouvertement racistes lors de son discours de départ à Saint-Laurent-du-Maroni.

Devant un parterre d’officiels complaisants, cet officier diplômé de Saint-Cyr a débité une série d’injures racistes, comparant les habitants de la Guyane à « des singes hurleurs » et les taxant de parasites profitant des aides.

Il a fallu l’indignation, y compris celle de certains gendarmes présents, et encore plus les échos dans la presse, pour que sa hiérarchie, qui couvrait au départ les propos du gendarme en parlant d’humour déplacé, de maladresse, finisse par hausser le ton. Le service de communication de la gendarmerie et le ministère de l’Intérieur dénoncent désormais des propos choquants et inadmissibles. Mais au-delà des condamnations ronflantes, avec l’ouverture d’une procédure disciplinaire à l’encontre du gendarme, ce dernier ne risque au pire qu’un blâme.

Il est probable que bien des gendarmes envoyés faire la chasse aux migrants dans la forêt amazonienne partagent de tels préjugés racistes et ce mépris des populations locales. Cet héritage de l’époque coloniale est entretenu par la politique de l’impérialisme français dans des régions qui font toujours partie de son empire. Au fond, ce gendarme pris sur le fait n’a fait qu’exprimer de façon caricaturale l’état d’esprit des responsables des forces de répression et des gouvernements successifs jusqu’à aujourd’hui.

Macron l’avait d’ailleurs illustré lui-même lors d’une visite officielle en juin 2017 en Bretagne. Parlant des kwassa-kwassa, ces embarcations précaires qui permettent aux habitants des Comores de rejoindre Mayotte, il avait lâché devant les caméras ce qu’il considérait être un trait d’humour, « Ils pêchent peu mais ramènent du Comorien. » Comment s’étonner après cela que le gendarme incriminé ait lui aussi cru être drôle ?

Gilles BOTI