Air France : le PDG débarqué par le personnel

08 Mai 2018

Par 55,44 % des voix et à plus de 80 % de votants, les 46 771 salariés d’Air France ont dit non à leur direction. Malgré des semaines d’intense propagande interne, de pressions de l’encadrement et de pilonnage des médias, les dirigeants de la compagnie et tous ceux qui les soutenaient viennent de prendre une gifle magistrale.

Après sept ans de gel salarial, 10 000 emplois supprimés, la suppression de jours de repos, l’augmentation des vols et rotations pour les navigants, la direction d’Air France voulait faire approuver des augmentations dérisoires : d’abord 1 % sur 2018, puis un maximum de 7 % étalés sur quatre ans, le tout assorti d’une clause antigrève.

Pour convaincre le personnel qu’il devait voter oui, et qu’en tout cas l’opinion publique n’était pas de son côté, les médias ont fait chorus avec la direction de la compagnie. Ils ont dénoncé comme des irresponsables et des privilégiés ces salariés qui faisaient grève pour 6 % de rattrapage salarial, alors que beaucoup ne gagnent pas 1 400 euros net. Et ils ont joué l’air de la division, en prétendant que les pilotes ont des intérêts opposés à ceux du reste du personnel et que, si elles font grève, les autres catégories se mobilisent peu.

Tout ce petit monde, et d’abord le PDG qui avait mis sa démission dans la balance, était si sûr de son coup que, le 4 mai, au dernier jour du scrutin, Aujourd’hui en France voyait « les salariés pencher pour le oui » et que Libération tablait sur « l’hypothèse probable où le oui l’emporte ».

Pourtant, malgré leur mépris de classe pour des travailleurs qu’ils imaginent corvéables et malléables à merci, ceux d’Air France n’ont pas marché.

Car trop c’est trop. Et depuis trop de temps. Pour ceux des ateliers qui, fin 2016, avaient fait grève spontanément à plusieurs milliers contre un énième plan d’externalisation, forçant ainsi la direction à reculer. Pour ceux qui, depuis fin 2017, réclament ici et là des revalorisations de carrière, en clair des hausses de salaire. Et, bien sûr, pour tous ceux et toutes celles qui, depuis février, exigent 6 %. Cette revendication unit, toutes catégories confondues, mécanos-avion et hôtesses, bagagistes et pilotes en un même mouvement, au grand déplaisir d’une direction qui compte d’habitude sur le corporatisme pour diviser et donc pour régner.

Au fil d’une quinzaine de jours d’arrêt de travail, beaucoup n’ont fait que quelques heures de grève, voire n’en ont fait aucune, car ils pensaient ne pas en avoir les moyens ou que la direction ne céderait pas. Mais ils n’en voyaient pas moins celle-ci comme leur ennemie. Et puis, les premières grèves pour les 6 % ayant coïncidé avec le début du mouvement à la SNCF, il y a le sentiment diffus qu’à Air France comme ailleurs patronat et gouvernement mènent une attaque générale contre les travailleurs, et qu’il faut au moins montrer qu’on ne l’accepte pas.

C’est tout cela qui est revenu dans la figure de la direction d’Air France le 4 mai. Et dès le lendemain les travailleurs affichaient leur satisfaction de lui avoir infligé un camouflet.

Le PDG Janaillac est démissionnaire depuis qu’il a été envoyé sur les roses au propre comme au figuré, lui qui se vante de posséder (entre autres) une propriété en Dordogne assez vaste pour abriter des centaines de rosiers. En attendant qu’il se taille pour aller les tailler, son ultime appel à ne pas faire grève les lundi 7 et mardi 8 mai a fait plouf.

La direction et le gouvernement voudraient utiliser le départ du PDG et le choix de son remplaçant pour semer l’inquiétude en serinant qu’Air France « est en grand péril ». C’est qu’ils espèrent ainsi faire oublier à ses salariés ce qui reste pour eux l’essentiel : obtenir l’augmentation de salaire de 6 % demandée.

Correspondant LO