La “Fête à Macron” : manifestation et arrière-pensées

25 Avril 2018

Le 5 mai, à l’initiative de François Ruffin, député d’Amiens affilié à la France insoumise, et de l’économiste Frédéric Lordon, ex-animateur du mouvement Nuit debout, une manifestation nationale pour « faire la fête à Macron » aura lieu à Paris.

Ses initiateurs la placent dans le cadre de la grève des cheminots et des autres mouvements de travailleurs, qu’ils prétendent soutenir. Mais ils ont d’autres objectifs. Tout en appelant à la solidarité avec les luttes des travailleurs, tout en dénonçant la politique antiouvrière du gouvernement, leur arrière-pensée à peine voilée est de s’imposer comme les représentants politiques naturels de la contestation.

Chacun des protagonistes a sa propre vision de la chose. Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon ou Pierre Laurent du PCF sont à la fois alliés et concurrents. D’ailleurs, les uns ont reproché à Mélenchon de la jouer solo et celui-ci leur a retourné qu’il ne voulait pas d’un cartel d’organisations. Mais, s’ils se querellent, ils usent tous du même stratagème pour recycler les mêmes vieilles tromperies politiciennes dites « de gauche ».

« Il faut offrir un débouché politique à la contestation », disent-ils en chœur. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Que tous les travailleurs attendent les prochaines élections européennes pour revoter pour ces dirigeants politiques, alors que ceux-ci ont déjà été au pouvoir ou ont soutenu des gouvernements qui ont mené des politiques tout aussi antiouvrières que celle de Macron ?

Bien des travailleurs qui manifestent et font grève en ce moment, de la SNCF et des autres entreprises, doivent se rappeler que la dernière fois qu’ils étaient dans la rue c’était contre la loi El Khomri du gouvernement de François Hollande, une équipe à laquelle Hamon a participé et qui a été soutenue à des époques diverses par Mélenchon et Laurent. Et, de ce point de vue, que l’ego de Mélenchon s’impose à celui de ses rivaux ou au contraire que ces derniers réussissent à lui imposer un cadre unitaire, qu’est-ce que cela changera, puisqu’ils ont tous trempé dans les mêmes politiques et proposent tous d’y retremper ?

Il n’y a rien à attendre de ces politiciens bourgeois, même s’ils jurent qu’ils sont du côté du peuple, si ce n’est de nouvelles tromperies et de nouvelles déceptions pour les classes populaires. Le débouché politique, pour reprendre ce terme, ne pourra venir que des travailleurs eux-mêmes, de leurs mobilisations et de leur organisation collective démocratique. Une telle force serait la seule perspective politique porteuse d’espoir pour les exploités. Nous n’en sommes pas là. Mais ce n’est pas une raison pour se laisser abuser une nouvelle fois par les vieux bateleurs de foire.

Pierre ROYAN