Scandale du lait : ça déborde

17 Janvier 2018

Dans son interview au Journal du dimanche, le PDG de Lactalis a reconnu qu’« il y a peut-être eu des erreurs humaines » mais lorgne aussitôt vers les distributeurs pour qui « les opérations de retrait sont des procédures habituelles ». Sauve-qui-peut et chacun pour soi ! La réalité est que Lactalis et les distributeurs ont tous leur responsabilité engagée.

La présence de salmonelles dans une tour de séchage de lait dans l’usine de Craon avait déjà été détectée en 2005, un an avant que Lactalis ne rachète l’usine. C’est dans cette même tour de séchage que des salmonelles ont été trouvées fin 2017 après qu’une première infection eut été détectée en août puis à nouveau en novembre sur un balai et sur du carrelage au sol. Il a pourtant été décidé de continuer à produire. Il a fallu l’alerte d’une vingtaine de parents et l’hospitalisation en urgence d’un certain nombre de bébés pour que l’État engage une enquête préliminaire et que Lactalis organise, sans se presser et en plusieurs étapes, le retrait d’une partie des lots de produits en circulation puis, vendredi 12 janvier, de leur totalité.

Quant aux Leclerc, Carrefour, Auchan, Intermarché et autres, ils ont continué à vendre les produits Lactalis malgré trois vagues de rappels et l’énorme médiatisation de ce scandale sanitaire.

Déréférencer des produits, la grande distribution le pratique pourtant régulièrement. Il y a quelques semaines, le beurre a soudainement disparu des rayons alimentaires. Engagées dans un bras de fer sur le prix du beurre avec leurs fournisseurs, dont Lactalis, les grandes chaînes commerciales ont alors réagi très vite et, en une nuit, ont vidé les rayons. Dans le cas du lait pour bébés, elles n’avaient visiblement pas le même intérêt à le faire.

Industriels comme distributeurs, la seule chose qui prime pour ces gens-là est le tiroir-caisse, quitte à prendre le risque d’élargir la contamination par des produits infectés.

Philippe Logier