Loi travail : face aux exigences du patronat, imposer celles des travailleurs

26 Juillet 2017

Jeudi 27 juillet, le Sénat devrait avoir voté la loi d’habilitation qui autorise le gouvernement à publier le 21 septembre les ordonnances qui modifieront de façon radicale le Code du travail.

La ministre du Travail, Muriel Penicaud, a tenu à repréciser que le gouvernement veut mettre fin au « droit du travail (…) conçu sur un modèle qui est celui de l’emploi à vie dans une grande entreprise industrielle ». Il faut toute la suffisance d’un serviteur du patronat pour oser sortir de telles énormités. Les patrons n’ont pas attendu Macron et ses ordonnances pour illustrer ce que signifie pour eux « l’emploi à vie » : jeter à la rue et transformer en chômeurs près de six millions de travailleurs, alors que la fortune des plus riches capitalistes a été multipliée par dix en 20 ans. À quoi il faut ajouter la précarité de millions de salariés.

Quant aux prétendues entraves aux licenciements, de quoi parle-t-on ? Il y a chaque année plus d’un million de licenciements, dits « individuels » pour l’immense majorité. Cela montre le peu d’obstacles auxquels se heurtent les patrons quand ils veulent se débarrasser de leurs salariés. Sans oublier les ruptures du contrat de travail dites « conventionnelles », qui permettent de se débarrasser d’un salarié sans procédure ni risque de contestation, et qui pour le dernier semestre ont dépassé les 200 000.

Le patronat veut revenir sur ce qu’il avait dû concéder à l’ensemble de la classe ouvrière dans le passé. Comme il a un sens aigu du rapport de force, il pense que le chômage de masse, l’absence de réactions massives et radicales du monde du travail dans la dernière période, peuvent lui permettre d’y arriver. Et la loi préparée par le gouvernement vise à l’aider.

Pour faire reculer la condition ouvrière, les patrons comptent sur ce qu’ils appellent le dialogue social. Et bon nombre de commentateurs ou même de dirigeants syndicalistes marchent dans la combine. Négocier dans ces conditions signifie négocier des reculs pour l’ensemble des travailleurs, car c’est négocier sur les revendications du patronat. Or, négocier un recul, et le qualifier d’avancée, est pire que de se le voir imposer. C’est encore plus démoralisant, car c’est accepter de considérer comme nécessaire la détérioration de son salaire, de ses conditions de vie et de travail.

Les attaques contenues dans la future loi travail font partie de cette offensive générale entreprise par le patronat. Il est nécessaire de se préparer à y riposter efficacement. Le piège est de prétendre « être réaliste » en se contentant, comme certains, de vouloir simplement essayer de minorer les effets des ordonnances. Par exemple en se satisfaisant du fait que les reculs voulus par le patronat soient négociés au niveau de la branche au lieu de l’être au niveau de l’entreprise. Mais un recul, qu’il soit négocié au niveau de la branche ou de l’entreprise, une fois conclu, reste un recul pour les salariés. C’est le cas, par exemple, du dernier accord de branche des 150 000 salariés de l’habillement qui autorise désormais tous les patrons à imposer le travail du dimanche.

Comme le patronat et le gouvernement le montrent, tout dépend du rapport de force entre le monde du travail d’une part, les capitalistes et leur gouvernement d’autre part. C’est bien pourquoi seule la mobilisation des travailleurs, les 30 millions de salariés, fixes, précaires, privés d’emploi ou agents des services publics, sera capable d’inverser le cours des choses, le jour où ils se mettront en mouvement pour leurs propres intérêts. Pour en finir avec des années et des années de reculs et d’attaques patronales, il faut remettre en avant les exigences du monde du travail.

Paul SOREL