Italie : référendum… et vrai combat des travailleurs

30 Novembre 2016

Le 4 décembre a lieu en Italie un référendum sur la réforme de la Constitution, à l’initiative du Premier ministre Matteo Renzi. Un peu trop sûr de lui, celui-ci en a fait un test et engagé son poste de Premier ministre. L’opposition de droite, de Berlusconi à la Ligue du Nord, appelle à voter non. Une partie de la gauche aussi voit là l’occasion d’exprimer un non à Renzi et à ses mesures antiouvrières, même si bien évidemment rien ne permettra de distinguer les non de droite de ceux venant de travailleurs conscients. Nous publions ici l’article de nos camarades de L’Internazionale (Italie – UCI).

Pendant que journaux et télévisions nous submergent de débats, de polémiques, d’analyses et d’articles sur la réforme de la Constitution et du système électoral et sur le référendum du 4 décembre, la vraie vie continue. Et en ce qui concerne les travailleurs, elle continue mal.

Dans leur monde, on se mesure en batailles homériques sur le sens du droit constitutionnel ou sur les doses de bicaméralisme les plus aptes à gérer un État qui reste de toute façon un outil du grand capital. Dans le monde des travailleurs, par contre, une vague de licenciements, comme l’a définie la secrétaire générale de la CGIL, Susanna Camusso, fait de nouvelles victimes. 330 travailleurs licenciés chez Natuzzi (l’entreprise de Divani & Divani), 2 500 emplois supprimés avec la fermeture des Call Centers d’Almaviva, 100 travailleurs licenciés par l’ex-Alstom de Sesto San Giovanni. Même chez Cavalli, gloire de la mode italienne, le licenciement de 200 des 600 salariés est annoncé. Ces suppressions d’emplois et fermetures de sites s’ajoutent à une liste déjà très longue, avec des situations qui perdurent depuis des années, comme celle de l’entreprise Franco Tosi à Legnano, ou celle des Aciéries de Piombino.

Pour Renzi, le oui au référendum du 4 décembre résoudra tout, depuis la crise économique jusqu’au vaccin de l’hépatite C. Dans le camp du non, où l’on retrouve une partie des partisans du projet de réforme d’origine, on prétend défendre, avec la Constitution républicaine de 1946, la dernière barricade de la démocratie contre l’évolution autoritaire de l’État. L’un des champions du non est… Renato Brunetta (ancien ministre de Berlusconi, chantre du libéralisme, NDT). Il y a de quoi frémir !

La vérité est que cette Constitution n’a pas empêché que les coups les plus durs s’abattent sur les travailleurs ces dernières décennies. Il y a là en réalité une lutte interne au monde politicien, entre partis représentés au Parlement. Les objectifs des uns sont de se débarrasser de Renzi et de son gouvernement, tandis que celui-ci recherche l’approbation de la population, y compris en mettant en avant quelques miettes de promesses dans la prochaine loi de Finances, tout en démontrant à la grande bourgeoisie nationale et internationale le sérieux d’un exécutif qui, après des années de discours, a réellement mis en œuvre les réformes souhaitées.

Bien que tous cherchent à les tromper et à les convaincre en tant que « citoyens », les travailleurs ne sont que des pions insignifiants pour les deux camps qui s’affrontent dans ce référendum. Tous recherchent leur vote, certes. Mais tous ne parlent que superficiellement, ou pas du tout, du gouffre dans lequel s’enfoncent leurs conditions de vie. Cela suffit à démasquer leur vraie nature de classe, leur compétition pour être le meilleur représentant des intérêts du grand capital, pour faire marcher la machine à profits à moindre coût.

Aujourd’hui, tous font appel au vote des citoyens. Mais, en tant que classe sociale, les travailleurs ne sont pas des citoyens, mais des sujets : les sujets de la monarchie absolue du capital, qui constitue la véritable essence du pouvoir politique, sa constitution véritable.

On peut comprendre qu’une fraction combative des travailleurs veuille utiliser le référendum pour manifester son opposition au gouvernement Renzi. Mais le problème politique réel demeure l’absence d’une force organisée représentant les intérêts fondamentaux de la classe ouvrière. Les travailleurs qui, à juste titre, sont lassés de subir les décisions politiques des autres, doivent mettre toute leur énergie à construire un parti qui les représente en tant que classe et cesser de déléguer à d’autres la tâche de mener leurs propres combats.

On ne peut exclure par principe qu’un parti ouvrier, organisé autour d’un programme d’opposition au capitalisme, puisse discuter de l’opportunité d’intervenir dans un référendum organisé par les partis bourgeois. Mais, en l’absence d’un parti ouvrier, cette question ne se pose même pas.

L’Internazionale