Alep, Mossoul, Raqqa : des guerres dans la guerre

30 Novembre 2016

Annoncée à grand bruit, la bataille de Mossoul, menée par la coalition internationale pour reprendre cette ville irakienne à Daech, a démarré le 17 octobre. Elle dure déjà depuis plus d’un mois et le nombre de victimes civiles ne cesse d’augmenter. « Cela pourrait être la pire catastrophe humanitaire depuis le Rwanda », disent les représentants des organisations présentes sur place pour aider les réfugiés.

En effet les moyens mis en place pour l’accueil de ceux qui fuient les combats et les bombardements sont loin d’être suffisants. Les États ont versé moins des deux tiers des sommes réclamées par l’ONU pour gérer des camps qui regroupent déjà plus de 50 000 personnes ayant tout perdu. Malgré les propos tenus sur le caractère humanitaire de cette opération, au contraire de ce que ferait la Russie à Alep en Syrie, la bataille de Mossoul rentre dans un plan stratégique d’où le sort des civils est vraiment absent.

Les grandes puissances ont orchestré cette opération, espérant ainsi faire reculer Daech et donner une stabilité à l’État irakien. Même si plusieurs milliers de soldats américains et une ou deux centaines de français sont présents, la coalition se contente d’appuyer l’intervention terrestre par des bombardements, notamment français. En effet les grandes puissances hésitent toujours à se lancer dans une guerre terrestre, où elles risqueraient de s’enliser. Car chacune de leurs opérations ne fait qu’ajouter de la confusion au chaos.

C’est pourquoi, malgré ce que disent leurs dirigeants, les grandes puissances, aussi bien les États-Unis que la France, ne sont pas mécontentes de voir la Russie et Bachar el- Assad détruire les « rebelles » à Alep. En effet les grandes puissances préfèrent de loin la stabilité de cette dictature à ces rebelles incontrôlables, islamistes qui plus est.

Une solution politique, c’est-à-dire un régime stable garantissant leurs intérêts, c’est ce qu’elles souhaitent en Irak comme en Syrie. Mais elle est d’autant plus difficile à trouver que les alliés des impérialistes mènent leur propre guerre dans la guerre.

L’armée irakienne, malgré le soutien aérien de la coalition, doit mener des combats acharnés pour tenter de reprendre la ville, quartier par quartier, à partir du sud-est. À l’est, des peshmergas du Kurdistan autonome ont aussi attaqué Mossoul. L’armée turque soutient les peshmergas irakiens ainsi que des milices sunnites irakiennes. Elle est même présente sur le sol irakien, malgré le refus de Bagdad. Des milices chiites soutenues par l’Iran combattent aussi autour de Mossoul.

L’Iran et la Turquie, alliés de la coalition mais franchement adversaires l’un et l’autre, cherchent à utiliser les divisions entre chiites et sunnites, largement favorisées par les années d’occupation américaine, pour élargir leur influence dans la région. L’armée irakienne est accusée de crimes de guerre et de tortures contre des villageois sunnites. De leur côté, les soldats kurdes sont aussi accusés d’exactions contre des villages arabes afin de faire fuir leurs habitants et d’agrandir ainsi leur zone d’influence.

Quant à la Turquie, qui soutient les peshmergas en Irak, elle combat en Syrie la présence de soldats kurdes dans la bataille de Raqqa, autre ville tenue par Daech et attaquée par la coalition en même temps que Mossoul. La Turquie est même accusée d’avoir bombardé des positions des Forces démocratiques syriennes (FDS), alors que ces soldats sont directement soutenus par les États-Unis. Et elle fait tout pour éviter que les milices kurdes de Syrie puissent s’appuyer sur un territoire solide qui pourrait fournir un soutien aux Kurdes de Turquie.

Les divisions politiques et militaires des forces présentes dans la bataille de Mossoul montrent déjà que la victoire contre Daech ne sera pas la fin des affrontements, ni en Irak ni en Syrie.

Marion AJAR