Le rapport Camdessus : Ce dont rêvent les patrons21/10/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/10/une1890.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Le rapport Camdessus : Ce dont rêvent les patrons

À la demande de Sarkozy, des experts viennent de commettre un "rapport sur les freins de la croissance" en France dont on pourrait ainsi résumer la conclusion: la France serait un pays de travailleurs fainéants, irresponsables, qui brident son développement.

Camdessus, l'ancien directeur général du Fonds Monétaire International, a signé ce document que Sarkozy qualifie "d'absolument remarquable", sur lequel il s'appuiera "pour défendre un certain nombre d'idées sur le droit du travail". Applaudi par le Medef, ce rapport (auquel ont également contribué deux dirigeants syndicaux, l'un de la CFTC et l'autre de la CGT) ne manque pas d'idées sur la manière de mener la guerre aux travailleurs.

Après avoir diagnostiqué un "déficit de travail" et constaté que le chômage touche tout particulièrement les jeunes et les vieux (mais on n'avait pas attendu ce rapport pour le savoir), le texte propose "d'autoriser sans restriction le cumul d'un emploi rémunéré et de la retraite". En quoi faire travailler les retraités donnerait-il du travail à des chômeurs? D'un autre côté, il faudrait fournir aux jeunes "une première expérience professionnelle venant vraiment compléter leur formation". Et dans le cadre de cette "expérience", ils pourraient travailler pour des queues de cerise? C'est ce qu'un éditorialiste du Figaro ose appeler une politique du "donnant donnant"! Quant à ceux qui ne sont ni jeunes, ni vieux, ni retraités, mais simplement à la recherche d'un emploi et d'un salaire qui leur permette de vivre correctement, ils devraient apprendre à "passer de l'assistance au travail". Pour les y inciter, ce rapport insiste sur l'idée de contraindre les chômeurs à accepter un travail "convenable". En fait, il s'agit surtout de se donner les moyens de contraindre les chômeurs à accepter n'importe quel travail sous peine de suppression de toute allocation.

Et puis, comme cela ne suffit pas et qu'il faudrait quand même que ceux qui ont un emploi retroussent encore un peu plus les manches et se serrent la ceinture, le rapport émet également la proposition "d'effacer les inconvénients" des 35 heures, désignées comme les grandes responsables de "la moindre quantité de travail" et du retard de croissance économique de la France. Il est donc préconisé de les assouplir encore et de laisser toute liberté à l'employeur d'imposer l'horaire qu'il estime utile. Pour compléter le tout, la suppression des contrats à durée indéterminée, mais aussi la suppression de ceux à durée déterminée, seraient les bienvenues, disent Camdessus et Cie. Pour les remplacer, un contrat unique ferait l'affaire. On arriverait ainsi, en fin de compte, à la suppression de tout engagement des patrons à l'égard des salariés et à la mise en place d'un arbitraire total en faveur du patronat.

Laisser aux directeurs de magasin toute liberté d'horaires d'ouverture et de fixation des prix fait aussi partie des recommandations contenues dans ce rapport, tout comme celle visant à réduire les obligations de l'État, en l'incitant à ne remplacer qu'un départ en retraite sur trois, pendant cinq ans, dans la fonction publique.

Il ne s'agit que d'un rapport et il n'est pas dit que le gouvernement mette en pratique dans les mois qui viennent les mesures qu'il préconise. Cependant, ce texte donne la mesure des idées qui trottent dans la tête des gouvernants et des patrons, et il fait partie de la campagne d'intoxication menée depuis des mois pour essayer de culpabiliser travailleurs et chômeurs.

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