Île de La Réunion : Grandes manoeuvres sucrières et intérêt des travailleurs13/01/20102010Journal/medias/journalnumero/images/2010/01/une2163.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Île de La Réunion : Grandes manoeuvres sucrières et intérêt des travailleurs

Le groupe sucrier Tereos (ex-Béghin-Say), qui détenait jusqu'à présent 40 % des parts du groupe réunionnais Quartier-Français, en est devenu le principal actionnaire. Avec cette augmentation de participation, Tereos détient désormais le monopole de la production du sucre à La Réunion.

Xavier Thieblin, l'actuel PDG du groupe Quartier-Français, parle « d'évolution logique ». C'est en effet la logique capitaliste, avec en pointe de mire le profit, qui pousse les grands patrons à se structurer ou à se restructurer et à concentrer leur capital.

Entre 2007 et 2008 Tereos a fermé trois de ses usines sucrières en France métropolitaine, celles de Marconnelle, de Vic-sur-Seine et d'Abbeville, qui employaient plus de trois cents ouvriers permanents et saisonniers. Le prétexte était alors de répondre aux directives de la Politique agricole commune (Pac) de l'Union européenne, qui prévoient d'ici 2015 une diminution de 30 % de la production de sucre en Europe. Mais si de nombreux travailleurs ont payé par la perte de leurs emplois, Tereos, lui, n'a rien perdu. Ces fermetures d'usines ont été compensées par des subventions de l'Europe, de l'ordre de 625 euros par tonne de sucre abandonnée. Et puis, la diminution de la production du sucre s'est faite au profit de la production d'éthanol et d'alcool, subventionnée, elle, au titre de la « diversification ».

C'est dire qu'avec le soutien de l'État Tereos joue gagnant sur tous les tableaux. Qu'une mesure plus ou moins contraignante soit prise, concernant par exemple les quotas, et aussitôt arrive une compensation financière sur fonds publics.

Tereos a d'ailleurs toutes possibilités de faire face aux évolutions prévisibles des marchés telles que les envisagent les organisations mondiales du commerce. En prévision des possibilités qu'ont dorénavant les pays pauvres d'exporter leur production sur les marchés auparavant protégés, Tereos s'est développé dans plusieurs pays, dont le Brésil où il produit plus de 1,10 million de tonnes de sucre (quasiment autant qu'en France) ; sucre qu'il revend y compris en Europe.

D'un bout à l'autre de la chaîne, les usiniers et les gros planteurs qui leur sont liés s'enrichissent, bien arrosés qui plus est par l'argent public.

La prise de contrôle du groupe Quartier-Français par Tereos a suscité nombre de réactions dans l'île. La presse de droite mais aussi celle du Parti Communiste Réunionnais ont présenté les choses comme une « mainmise de betteraviers français sur l'industrie sucrière réunionnaise », laissant entendre que les planteurs de canne à sucre de l'île seraient tombés sous la coupe des agriculteurs betteraviers de France. Mais il s'agit en fait d'une prise de contrôle majoritaire d'un important trust (Quartier-Français, qui produit non seulement à La Réunion mais aussi au Mozambique et en Tanzanie) par la multinationale Tereos. Et même s'il y a de gros propriétaires terriens parmi les actionnaires de Tereos, ce groupe est avant tout dirigé par des financiers. À son capital participe d'ailleurs le Crédit Agricole. Le chiffre d'affaires de Tereos avoisine les quatre milliards d'euros. Il emploie 13 000 salariés permanents, cultive 920 000 hectares de terres, produit 2,9 millions de tonnes de sucre et 1,5 million d'hectolitres d'alcool-éthanol.

Au prétexte de critiquer la politique mise en oeuvre par ces grands groupes capitalistes, il ne s'agit surtout pas d'opposer les travailleurs ou les petits planteurs d'un pays à ceux d'autres pays, mais plutôt de rechercher ce qui les unit contre leurs exploiteurs communs. Parmi ceux-ci il y a Xavier Thieblin, le principal dirigeant du groupe Quartier-Français, à qui certains reprochent de ne pas avoir choisi une « solution réunionnaise ». C'est là tout bonnement ridicule. En tant que capitaliste, et comme tous les capitalistes, il a choisi la solution la plus profitable pour lui et ceux qu'il représente.

Pour les capitalistes, il n'y a ni problèmes réunionnais ni solutions réunionnaises, il y a seulement des solutions capitalistes aux problèmes qui se posent aux capitalistes. Quant aux travailleurs, leur problème est de savoir comment faire valoir leurs intérêts face à ceux des capitalistes, « réunionnais » ou non, en particulier la sauvegarde de tous les emplois et de salaires qui leur permettent de vivre dignement.

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