La rentrée qu'ils nous préparent... Ou la rentrée qu'ils se préparent ?19/07/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/07/une1773.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

La rentrée qu'ils nous préparent... Ou la rentrée qu'ils se préparent ?

Dans son intervention télévisée du 14 juillet, Chirac a réaffirmé que la baisse des impôts et des charges sociales était son principal objectif, et que c'est d'après lui un " choix de survie " pour " éviter de nous enfoncer par rapport à nos voisins ". Par baisse des impôts, il faut entendre, bien sûr, non pas la baisse de la TVA, cet impôt inique qui fait que les plus pauvres se voient voler par l'État près de 20 % de leurs maigres ressources, mais la baisse des impôts sur le revenu, ou des impôts sur les bénéfices des sociétés, qui profiteront essentiellement aux plus riches. Quant à justifier ces mesures en prétendant que c'est une nécessité pour ne pas " nous enfoncer ", c'est se moquer du monde.

Diminuer les impôts que paient les plus riches, ceux que paient les sociétés, baisser les charges sociales n'ont jamais permis de créer des emplois ni de rendre les entreprises plus compétitives sur le marché mondial. Si les capitalistes voulaient rendre leurs entreprises plus compétitives, il leur suffirait de renoncer à une partie de leurs profits et de vendre moins cher. Mais ce qu'ils veulent, c'est tout le contraire, c'est faire plus de profits, c'est accumuler davantage de richesses. Et toute la politique de Chirac consiste à les aider à atteindre ce but, en dissimulant comme toujours les décisions qui ne visent qu'à défendre les intérêts des privilégiés sous des phrases creuses sur " l'intérêt de la France " et de prétendues nécessités économiques.

Ces cadeaux promis au grand patronat ne seront pas sans conséquences pour les travailleurs, car chaque dégrèvement de charges sociales, c'est moins d'argent pour financer les allocations chômage, la Sécurité sociale, les retraites. Chaque diminution d'impôt dont bénéficient les plus riches, c'est moins d'argent dans les caisses de l'État, c'est-à-dire moins d'argent pour les services publics, pour les transports en commun, les hôpitaux, l'enseignement, la construction de logements sociaux. D'autant que le gouvernement n'entend pas réduire le budget des armées et a déjà annoncé la mise en chantier d'un deuxième porte-avion du type du ruineux Charles-de-Gaulle.

Après cela, Chirac peut bien annoncer l'ouverture pour son second mandat de trois grands chantiers, relatifs à la sécurité routière, à la lutte contre le cancer et à l'aide aux handicapés, en se gardant bien de dire comment ils seraient financés. Qui peut croire que ces promesses l'engageront plus que celles concernant la résorption de la " fracture sociale " dont il avait tant parlé il y a sept ans.

Quant au fait que Chirac se soit prononcé pour la mise en place d'une " structure " permettant au gouvernement " d'intervenir massivement pour apporter des solutions lorsqu'il y a des plans sociaux ", certains commentateurs ont voulu y voir l'amorce d'une politique plus sociale. Mais il n'y a là-dedans que des mots. Il n'y a aucun engagement du chef de l'État à limiter, et encore moins à empêcher, les licenciements collectifs qui n'ont jamais été aussi nombreux que ces derniers mois. Si Chirac propose des " solutions ", ce sera encore une manière d'aider le grand patronat. Et la seule chose qu'on peut déduire avec certitude de ses propos, c'est qu'il n'envisage pas l'avenir sans une nouvelle série de " plans sociaux ".

En fait, ce que nous a annoncé Chirac est, sous des dehors patelins, une véritable offensive contre le monde du travail. Il pourra se targuer, en menant une telle politique, d'avoir été élu, grâce à la démission de la gauche parlementaire, par plus de 80 % des votants. Mais quelques centaines de milliers de grévistes peuvent peser plus lourd, dans la vie sociale, que des millions d'électeurs. Juppé l'avait appris à ses dépens à l'automne 1995. D'autres pourraient bien l'apprendre en 2002.

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