Toulouse-Pôle chimique : Reprise partielle au mépris des sinistrés et aux dépens des salariés05/07/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/07/une1771.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Toulouse-Pôle chimique : Reprise partielle au mépris des sinistrés et aux dépens des salariés

Le gouvernement a suivi les conclusions du Comité local d'information, créé avant la Présidentielle par Jospin, et présidé par Charles Fiterman (ex-ministre PCF du gouvernement Mauroy) : le gouvernement interdit à la SNPE l'utilisation et la production de phosgène. C'était déjà la position du gouvernement précédent. Cette décision n'est donc pas un scoop.

Le phosgène est un gaz très toxique, utilisé comme réactif par exemple dans la fabrication des mousses pour l'automobile, les calorifiques, mais aussi dans la chimie dite " fine " (optique, agriculture, pharmacie). Cette production de phosgène représente 70 % de l'activité de l'unité de Toulouse, propriété à 99 % de l'Etat et qui emploie 480 salariés. Tolochimie, filiale de la SNPE sur le même site, employant 100 salariés, est aussi sur la sellette car elle utilise essentiellement le phosgène produit à la SNPE.

Pour le reste des productions hors phosgène de la SNPE (carburants destinés à la fusée Ariane), il faut encore que le Conseil départemental d'hygiène donne un avis favorable et aussi que la direction de la SNPE juge l'unité de Toulouse " économiquement viable " avec 30 % de ses activités. Mais déjà la Snecma, principal partenaire pour la production de ce carburant, a décidé de le faire produire aux USA.

Quant aux autres usines du pôle chimique voisines d'AZF et de la SNPE, Isochem (40 salariés) filiale de la SNPE, et Raisio France (26 salariés), elles ont été autorisées à rouvrir par arrêté préfectoral. Mais déjà on laisse entendre aux travailleurs de Raisio que le groupe finlandais propriétaire délocaliserait vers la Chine.

Après la fermeture d'AZF décidée par TotalFinaElf le 11 avril, ce sont plus de 1500 travailleurs (sous-traitants sur le site compris) qui risquent de n'avoir le choix qu'entre l'ANPE ou la mutation... on ne sait où. Ils sont dans la même situation que ceux d'AZF ou des entreprises sous-traitantes.

Les élus locaux, ceux de la Région, du Département ou de la commune de Toulouse, ont fait chacun état de leur satisfaction ou de leur demi-satisfaction, évoquant sans autre précision le sort des salariés. Les travailleurs ont toutes les raisons de ne pas se satisfaire des promesses qu'on leur fait en matière de " plans sociaux "exemplaires" ". Exemplaires sauf qu'il n'y a aucun engagement de quiconque. Rien que des phrases creuses.

Quant aux mesures d'accompagnement envisagées par les services de l'État, elles en disent long sur ses priorités : il est vaguement question " d'impliquer Total dans un dispositif d'aides à la conversion de l'économie toulousaine. " Mais l'essentiel de l'effort sera fait par l'État, puisqu'il serait prévu par le préfet " 2,28 millions d'euros d'aides pour les entreprises artisanales et commerciales, 4,87 millions d'euros de crédits de politique industrielle, destinés à la diversification des PME et au soutien des sous-traitants de la chimie ". Et pour les travailleurs menacés dans leur emploi ? Rien ! A moins qu'il ne s'agisse des " 120 000 euros pour communiquer sur l'image de Toulouse ". C'est une plaisanterie ! De bonnes paroles pour les uns, des euros pour les autres.

C'est pourtant à Total d'assumer les conséquences de l'explosion. C'est Total qui a sacrifié la sécurité pour les profits. D'ailleurs, en plus de l'instruction pour " homicides et blessures involontaires ", le parquet de Toulouse annonce un réquisitoire supplétif pour délit de marchandage (usage abusif de la sous-traitance) s'appuyant sur le rapport du directeur départemental du travail. Ce rapport démontre (mais bien tard) que la direction de l'usine ne se souciait guère du travail effectué par ces entreprises, ni de la " poubelle " qu'elles géraient.

Quant aux sinistrés habitant les quartiers populaires du sud de Toulouse, plus on leur dit que le pôle chimique ainsi réduit dans ses activités dangereuses sera sécurisé et fiable, moins ils sont rassurés. La décision de réouverture partielle prise au mépris des populations sinistrées et de leur traumatisme justifié est dans la droite ligne des décisions précédentes : des demi-mesures, car les autorités ont toujours refusé d'obliger Total à réparer réellement les dégâts.

Pour les sinistrés, les réparations avancent à petits pas. Encore 10 à 15 % des appartements n'ont pas leurs portes ou fenêtres définitives. Quant aux travaux intérieurs, ils sont " en cours ", ce qui veut dire qu'on ne s'engage sur aucun délai. Vraisemblablement à peine 50 % des appartements sont totalement réparés aujourd'hui.

C'est pour les familles évacuées que la situation est la plus révoltante. Il y avait avant l'explosion une crise de l'immobilier à Toulouse, après l'explosion, la situation est devenue dramatique : les loyers ont fortement augmenté, et il est devenu impossible pour une famille du Mirail de trouver un appartement au centre-ville. Aujourd'hui, il reste 90 familles hébergées dans des mobile-homes, où il a fait de 30 à 35 degrés toute la semaine dernière. Et les familles qui ont été relogées l'ont été souvent hors de Toulouse, ce qui ajoute encore des difficultés.

Les victimes, salariés ou sinistrés, n'ont pas fini de subir les incuries criminelles de la course au profit, ainsi que celles de toutes les institutions sans contrôle qui réglementent leur vie. Pour faire payer cette catastrophe sans nom à Total, salariés et sinistrés doivent s'unir.

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