PCF : Des bouches s'ouvrent, mais pour dire quoi ?05/07/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/07/une1771.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Tribune de la minorité

PCF : Des bouches s'ouvrent, mais pour dire quoi ?

C'est le branle-bas de palabres au Parti communiste. Pourquoi l'effondrement électoral ? Pourquoi les 3,37 % pour Robert Hue et les 4,91 % pour les candidatures aux législatives ? Pourquoi la perte d'encore un tiers des députés, après la perte de municipalités l'an dernier ? La Conférence nationale du PCF s'est réunie les 26 et 27 juin sur le thème " que les bouches s'ouvrent ".

Comme la direction du PS, celle du PCF choisit d'avouer n'avoir pas pris la mesure de l'exaspération des classes populaires. Vraiment ? Pourtant, cette " France des oubliés ", la direction du PCF l'avait bel et bien entendue, mais volontairement pas écoutée. Politique et solidarité gouvernementales obligeaient. Et non seulement l'appareil du Parti Communiste a fait le choix d'assumer les mesures antiouvrières du gouvernement Jospin (la stagnation du Smic et de tous les salaires, la flexibilisation du travail sous prétexte de 35 heures, le feu vert à toutes les vagues de licenciements et la précarité, les privatisations, etc.), mais il a détourné les travailleurs de la riposte. Par une tactique subtile d'éparpillement et de découragement des luttes. Même si cela n'a pas toujours été aussi visible qu'à la SNCF en mai 99, quand Hue et Gayssot ont fait chorus pour dire que s'ils étaient cheminots, ils ne seraient pas grévistes.

Le PC les entendait, les " oubliés ", mais il était chargé par Jospin, d'une façon ou d'une autre, de leur clouer le bec. Et que les dirigeants du parti communiste ne viennent pas dire qu'il leur était impossible de mobiliser les militants et des travailleurs à leur suite. Car ils l'ont fait au moins à deux reprises, le 16 octobre 1999 (avant que les députés votent la loi Aubry), et au début de l'année 2001 contre les licenciements à Lu (avant que ses députés votent la loi dite de " modernisation sociale "). Mais chaque fois de façon étroitement contrôlée, limitée, pour faire avaler la pilule de leur complicité avec le gouvernement socialiste plutôt que pour mettre la classe ouvrière sur les rails d'une riposte.

Les bouches s'ouvrent à la tête du Parti communiste, mais pas pour dire cette vérité-là ! Et pas non plus pour aller à l'essentiel, offrir aux " oubliés " les perspectives qui leur ont manqué, tracer les grandes lignes d'un programme et d'un plan de lutte nécessaires, pour tous les travailleurs et les chômeurs, et contre l'offensive du gouvernement Raffarin qui prend le relais de Jospin. Pour les salaires, pour les retraites, pour l'interdiction des licenciements et l'embauche, pour les services publics. Il faut la liste des mesures à prendre. Il faut un plan d'action.

Mais ce n'est pas la politique de la direction du Parti communiste. Elle noie le poisson.

En guise d'autocritique, Robert Hue a déploré que la " mutation " qu'il avait engagée, " cette véritable révolution de notre conception et notre organisation ", ne soit pas allée assez loin, qu'elle ait " donné l'impression de tourner en rond ". Ce qui résume peut-être la " révolution " à la sauce Robert Hue ! Marie-George Buffet, quant à elle, a précisé qu'il n'était pas question de regretter la participation gouvernementale. Elle a pris l'audacieuse décision de convoquer un congrès... pour 2003 ! " Faisons un enfant ", a titré une tribune de l'Humanité présentant le projet. C'est donc pour dans 9 mois. Mais un enfant avec qui ? Et pas un nouvel enfant dans le dos des travailleurs ?

D'ici là, les travailleurs et les chômeurs devront-ils prendre leur mal en patience ? Se contenter de " forums ", " ateliers ", " chantiers sociaux " que les publicitaires-sociologues du parti ont concoctés ? Et qu'il s'agisse des membres de l'appareil qui semblent vouloir rester fidèles à Robert Hue ou à Marie-George Buffet qui arborent le drapeau de l' " anticapitalisme ", ou qu'il s'agisse des " refondateurs ", autour de Braouezec ou Martelli, qui proposent des " Etats généraux du communisme " pour agglutiner autour d'un " pôle de radicalité " qui engloberait une partie de la " gauche protestataire " (jusqu'à la LCR, rêvent-ils), tous cherchent la combine pour grossir leur poids électoral, et comme le dit Roger Martelli dans une tribune du Monde, " raccorder le peuple à la démocratie ". C'est quasiment les termes des chefs socialistes ! Faire croire à nouveau à une " alternance " crédible à gauche. Faire prendre à nouveau des vessies pour des lanternes. Telle semble être la seule préoccupation des courants qui se disputent actuellement la direction du Parti communiste.

Se relèvera-t-elle, avec ça ? On ne va certainement pas pleurer sur son sort et le prix qu'elle paie pour avoir joué le rôle de force supplétive aux gouvernements socialistes, depuis 20 ans (pour ne pas remonter plus loin en arrière).

Restent les dizaines de milliers de militants du courant communiste, dans les entreprises et les quartiers populaires. Qui ont envie d'en découdre contre Raffarin, comme ils rongeaient leur frein contre Jospin. Il va falloir qu'ils trouvent la voie de la riposte d'ensemble, sur un programme de mesures radicales telles que l'extrême gauche, et la première Arlette Laguiller, les a popularisées. Et l'extrême gauche va devoir, de son côté, mettre en avant ce programme, et saisir les opportunités de le proposer à tout ou partie du mouvement ouvrier. A commencer par les militants du Parti communiste.

Tous ensemble, contre la poursuite de l'offensive patronale et gouvernementale, pour un programme d'urgence des travailleurs et des chômeurs. C'est toujours d'actualité.

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