Givet : Les patrons récoltent ce qu'ils ont semé21/07/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/07/une-1671.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Editorial

Givet : Les patrons récoltent ce qu'ils ont semé

Il aura fallu que les 150 travailleurs de Cellatex, à Givet dans les Ardennes, menacent de faire sauter l'usine en provoquant une catastrophe écologique pour que le mur du silence qui entourait leur lutte soit quelque peu rompu. La presse est allée voir sur place, tandis que le préfet organisait des réunions avec les responsables syndicaux, pour ne rien promettre d'ailleurs.

L'acide sulfurique que les travailleurs de Cellatex ont commencé à déverser près de l'usine est un pavé dans la mare du tranquille ronron gouvernemental. Depuis des mois, le gouvernement Jospin nous assure que la situation économique s'améliore, que la loi Aubry dite des trente-cinq heures a des effets positifs et que le chômage est en recul. Jospin et Chirac tentent d'amuser le public avec le référendum sur le quinquennat et se préoccupent de leurs petites compétitions électorales. Surtout, ils tentent de faire oublier que, pour la plus grande partie de la population, la situation sociale continue en fait de s'aggraver.

Car la croissance économique dont se vante Jospin profite surtout aux grosses fortunes, aux couches les plus riches et au commerce de luxe. Pour les travailleurs ayant un emploi, la loi Aubry s'est traduite surtout par la flexibilité et l'aggravation des conditions de travail. Beaucoup n'ont un travail qu'au prix de la précarité, par le biais d'emplois à durée déterminée ou de contrats intérimaires. Et puis surtout, beaucoup restent au chômage, car la petite baisse des statistiques à laquelle on assiste résulte en partie d'une manipulation et pas seulement d'une diminution réelle du nombre des chômeurs.

Le grand patronat, lui, continue à profiter de la situation et à se croire tout permis. Il pose ses conditions au gouvernement et aux syndicats en proposant un prétendu " plan de retour à l'emploi " visant surtout à diminuer l'indemnisation des chômeurs et les frais qu'elle entraîne, et à baisser les salaires en obligeant les chômeurs à accepter les conditions des patrons. Pendant ce temps les plans dits " sociaux " continuent de jeter sur le pavé des ouvriers par centaines ou par milliers.

Car ce qui se passe aujourd'hui à Givet est bien plus représentatif de la réalité sociale que tous les discours gouvernementaux sur la reprise économique. Cette usine, qui a appartenu au trust Rhône-Poulenc, est passée par différents repreneurs avant d'aller vers la liquidation définitive. Les capitalistes auxquels elle a appartenu ont retiré leurs capitaux pour aller faire des affaires ailleurs, sans avoir à rendre de comptes. Mais les ouvriers de l'entreprise, eux, qui y travaillent parfois depuis vingt ou trente ans, sont jetés proprement sur le pavé avec pour seule perspective l'ANPE ou le RMI dans une région où le nombre officiel des chômeurs est de plus de 20 %.

Alors on comprend la rage des travailleurs de Cellatex qui, avec l'énergie du désespoir, tentent de se servir de toutes les armes à leur disposition pour défendre leur gagne-pain et finalement leur vie. Déjà certains les critiquent pour ne pas respecter... l'écologie ! Mais est-ce que l'écologie cela consiste à respecter les arbres et les rivières, mais à permettre qu'on renvoie des êtres humains pour les laisser crever à petit feu ?

Oui, face à ce gouvernement, face à ce patronat qui ne connaît que les rapports de forces, les travailleurs n'ont d'autre choix que de se battre. Ce sont eux qui sont la majorité, ce sont eux qui produisent toutes les richesses qu'une minorité insolente engloutit dans le luxe et la spéculation ; alors ils ont le droit, cent et mille fois, de se servir de leur position dans la production pour tenter d'imposer ce qui n'est rien d'autre que leur droit à la vie.

Oui, il faut prendre sur les profits patronaux pour que les travailleurs puissent continuer à vivre et à toucher un salaire. Oui, il faut imposer l'arrêt immédiat des " plans sociaux " et des licenciements qui vont avec. Oui, il faut imposer une autre politique que cette complaisance du gouvernement dit de gauche envers les patrons, auxquels il verse des subventions à fonds perdus sur le budget de l'Etat au prix de la dégradation des services et de l'emploi publics.

Bien sûr, il faut pour cela changer durablement le rapport de forces entre les travailleurs et le patronat. Et ce qu'il faut souhaiter, le plus vite possible, pour les travailleurs de Givet et pour tous les autres, c'est une lutte générale, une lutte de l'ensemble de la classe ouvrière pour mettre un coup d'arrêt à l'arrogance du grand patronat. Car c'est lui qui par sa politique allume la mèche, non seulement des explosions qui pourraient avoir lieu à l'usine de Givet, mais d'une explosion sociale en mesure de mettre en pièces la toute-puissance patronale.

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