Leur république et notre classe sociale 04/11/2026 2026 Journal /medias/journalarticle/images/2026/11/P3-3Manifestation_%C3%A0_Paris_le_31_octobre_C_LO.jpg.420x236_q85_box-0%2C0%2C799%2C450_crop_detail.jpg 2026-11-04

Article du journal

Leur république et notre classe sociale

La plupart des rassemblements organisés après l’attentat raciste de Trappes ont été placés sous le thème de « la république contre le racisme » et ont vu fleurir une profusion de drapeaux tricolores.

Illustration - Leur république et notre classe sociale

Ali Rabeh, le maire de Trappes a déclaré « la France, c’est nous ». Dans l’immense foule rassemblée à Trappes, beaucoup ont entonné « on est chez nous » pour faire un pied de nez à l’extrême droite qui utilise ce slogan dans un sens raciste et prétend que ce pays devrait être réservé aux Blancs, de préférence chrétiens. De son côté, Jean-Luc Mélenchon a inventé le concept de « nouvelle France » en même temps que LFI faisait élire, au Parlement ou à la tête de nombreuses mairies, beaucoup de femmes et d’hommes issus de l’immigration. Ces formulations font mouche dans la jeunesse ou les banlieues populaires des grandes villes, et on le comprend car elles expriment le sentiment totalement juste que les immigrés et les enfants ou petits-enfants d’immigrés, qu’ils soient blancs, noirs, arabes ou autres, qu’ils soient musulmans, chrétiens, juifs, bouddhistes ou sans religion, font partie de plein droit de la population de ce pays, qu’ils contribuent à faire fonctionner au jour le jour.

Mais cette revendication d’unité derrière les prétendues « valeurs républicaines » est un piège. La France des habitants de Trappes, comme celle des autres villes populaires, n’est pas la même que celle des quartiers riches. La différence essentielle n’est pas la couleur de peau ou la religion pratiquée par les uns et les autres, elle est d’abord sociale. Les uns sont le plus souvent ouvriers, infirmiers, chauffeurs, maçons, auxiliaires de vie, quand les autres sont cadres supérieurs, notaires, magistrats ou... rentiers. Le revenu médian de Trappes est de 18 000 euros par an quand celui de Neuilly est de 56 000 euros.

La république sans cesse invoquée par les dirigeants politiques, y compris ceux de gauche, est l’oripeau derrière lequel se cachent un appareil d’État, une police, une justice, une armée, qui ont pour fonction de maintenir l’ordre social. Hier, sous des gouvernements de gauche ou de droite, leur république a organisé le pillage colonial, aujourd’hui, elle envoie encore des corps expéditionnaires en Afrique ou au Moyen-Orient pour assurer des contrats et des marchés à TotalEnergies, Dassault ou CMA CGM. Leur république, qui a fait tirer sur des travailleurs révoltés dans le passé, envoie toujours sa police contre les grévistes et les manifestants, qu’ils soient gilets jaunes ou jeunes de banlieues. Affirmer « l’unité » derrière cette république, c’est aussi se dire prêt à obéir à des gouvernements qui maintiennent ce système d’exploitation.

Cette république est parfois capable d’offrir quelques postes de préfets, commissaires, juges, hauts fonctionnaires, à des personnes issues de l’immigration et même, plus rarement, à certains qui ont grandi dans des quartiers populaires. Mais elle n’a que du mépris, de la relégation et des coups à offrir aux exploités, qu’ils soient blancs, noirs ou arabes.

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