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Leur société
Face au racisme
interdire CNews ne suffira pas
Le 3 novembre, une pétition réclamant le retrait de CNews de la TNT, et même la fermeture de la chaîne, dépassait les 700 000 signatures, recueillies pour l’essentiel en quelques jours.

Après l’attentat raciste de Trappes, les signataires expriment une colère légitime contre la chaîne du milliardaire Vincent Bolloré, qui déverse des propos racistes à longueur d’antenne. CNews bénéficie gratuitement d’une fréquence de la TNT, lui donnant accès à des millions de téléspectateurs. Un privilège accordé par la puissance publique dont profite Bolloré, tandis que les éditorialistes de sa chaîne dénoncent à longueur de journée les fonctionnaires, les « assistés » et les dépenses publiques !
Mais ceux qui ont armé idéologiquement le tueur de Trappes ne sont pas seulement sur CNews. Après les manifestations du 17 octobre, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, dénonçait « la racaille qui est descendue dans la rue ». Sur les chaînes d’information, publiques comme privées, les images de pillages et d’affrontements tournaient en boucle. Le 23 octobre, l’auteur de l’attentat de Trappes expliquait avoir voulu « venger » les commerçants touchés le 17 octobre, en s’attaquant aux Noirs et aux Arabes. Cela n’a pas empêché Édouard Philippe, ancien Premier ministre, d’affirmer quatre jours plus tard que « la surreprésentation de jeunes issus de l’immigration était patente » parmi les fauteurs de troubles. Comment croire que l’État et les responsables politiques qui répandent ces préjugés puissent être les garants de la lutte contre le racisme ?
En outre, confier à l’État le pouvoir de décider quelles idées ont le droit de s’exprimer, c’est lui reconnaître celui de faire taire demain des organisations qui contestent sa politique. Et on peut être certain qu’il s’en prendra plus fermement aux organisations de travailleurs qu’à l’extrême droite.
Le problème n’est pas seulement qu’il existe des propagandistes racistes ; c’est que leurs discours trouvent un écho dans la population, convainquent des hommes et des femmes de voir dans les immigrés les responsables de leurs difficultés. Fermer une chaîne de télévision ne fera pas disparaître ces préjugés, ni surtout le terreau de misère sociale sur lequel ils prospèrent
Le véritable enjeu est de les faire reculer dans la société et surtout que ceux qui les propagent ne trouvent autour d’eux ni soutien ni complicité. Cela ne pourra se faire qu’en développant la conscience de classe des travailleurs, la conscience que, quelles que soient leurs origines, ils partagent les mêmes intérêts et ont les mêmes adversaires.