Le juge d'application des peines de Pointe-à-Pitre, sur la requête des avocats du syndicat UGTG (Union générale des travailleurs de la Guadeloupe), a décidé de suspendre pour deux mois l'application de la peine de Michel Madassamy, membre dirigeant de l'UGTG, compte tenu de son "état de santé dégradé" par une grève de la faim de 30 jours.
Par ailleurs, un référé a été introduit auprès du tribunal de Pointe-à-Pitre pour faux et usage de faux concernant l'un des documents qui ont servi pour l'arrestation et l'incarcération de Madassamy. Le jugement sera rendu le 18 novembre.
La décision du juge est bien un recul devant la détermination de Madassamy et devant l'importance du soutien apporté par les travailleurs et les jeunes qui sont mobilisés depuis un mois pour exiger sa libération et pour faire reculer les injustices, les attaques antisyndicales et antigrévistes.
Tous ces gens, préfet, membres de l'appareil judiciaire, qui volent au secours des patrons pour les aider face aux grèves des travailleurs, ont subi un revers. Car c'est bien eux qui ont attisé le mécontentement et provoqué la montée de la colère par leur attitude arrogante et méprisante, par leurs gestes hostiles répétés contre les travailleurs en grève, par leurs menaces et par l'étalage et l'usage répété contre les grévistes du dispositif de répression.
Ils croyaient peut-être que leur répression judiciaire, leurs multiples condamnations crapuleuses, leurs amendes, leurs interpellations et arrestations allaient intimider et démobiliser les travailleurs et les organisations syndicales combatives. Tout cela a eu l'effet contraire.
Des grèves n'ont cessé d'éclater dans diverses branches : commerce, services, fonction publique, port, mairies, distribution d'essence.
Alors se pose un problème : dans deux mois, les autorités judiciaires (procureur, juge d'application des peines, etc. ) vont-elles se risquer à remettre en prison Michel Madassamy ? Chercheront-elles à tout prix à appliquer les dix mois de prison auxquels ce militant syndical reste condamné ?
On voit mal comment, dans deux mois, Madassamy accepterait plus qu'aujourd'hui d'être mis en prison.
Quant à ceux qui se sont mobilisés pour obtenir sa libération, ils estiment qu'il s'agit là d'une première étape et que la libération de Madassamy doit devenir définitive. Les organisations regroupées dans le Comité contre la répression veulent aussi que les jugements hâtifs, injustes, disproportionnés contre des grévistes, des militants syndicaux soient annulés ou deviennent lettre morte, d'une façon ou d'une autre.
De même qu'il faut mettre un terme à la prétention de faire payer des dizaines de milliers d'euros d'amendes et d'astreintes à des travailleurs pour avoir participé à des piquets de grève sous prétexte qu'ils entravaient "la liberté du travail" .
Si les autorités judiciaires et l'administration préfectorale décidaient à tout prix de faire appliquer les peines de Madassamy et des autres condamnés, ce serait là une véritable provocation. Une telle attitude ne pourrait qu'attiser la colère et en arriver à des affrontements avec les travailleurs et les jeunes les plus combatifs.
Il est certain qu'il y a des forces locales, des gens dans les milieux du patronat et du MEDEF, qui voudraient bien en arriver là, c'est-à-dire qu'ils espèrent ainsi mettre au pas les syndicalistes et les travailleurs combatifs. Il s'agit notamment de tout le lobby bananier qui gravite autour de quelques grands planteurs békés de Guadeloupe et Martinique, les Dormoy, Lignères, Hayot et compagnie.
Les autorités dites de "tutelle" à Paris vont-elles les suivre sur ce terrain ? Ou feront-elles un calcul plus avisé et plus prudent ? Nul ne peut le dire pour l'instant.
Dans les semaines qui vont suivre, on verra si les grèves et manifestations, l'engagement des travailleurs pour exiger la libération de Madassamy, ont été une première étape dans la mobilisation des travailleurs ou une simple réaction défensive ou de solidarité sans lendemain.