Les États-Unis après l'élection présidentielle du 2 novembre 2004

George Bush vient donc d'être réélu président des États-Unis. Portant les couleurs du Parti républicain, il l'a emporté avec trois millions et demi de voix d'avance sur John Kerry, son concurrent démocrate. Par ailleurs, la majorité que son parti détenait déjà dans les deux chambres du Congrès est renforcée.

Bush se retrouve donc avec les coudées plus franches pour mener sa politique.

Tribune - Un syndicalisme de prévention des conflits ?

Avertissement : Les lecteurs de Lutte de Classe savent qu'il existe au sein de notre organisation une tendance minoritaire qui soumet des textes différents de ceux de la majorité aux votes de nos camarades, lors de nos conférences nationales. Ces textes sont systématiquement publiés dans nos colonnes. Ces camarades ont demandé à se constituer en tendance structurée, c'est-à-dire en fraction. Ils s'expriment désormais régulièrement dans ces colonnes.

Guerre du Darfour - Hypocrisie et responsabilités de l'impérialisme

En juin dernier, les gouvernements et les médias occidentaux se sont mis à s'intéresser à la guerre sanglante sévissant au Darfour, une région située à l'ouest du Soudan. On vit apparaître à la télévision et dans la presse des reportages horrifiants sur la situation de la population. Ils montraient comment troupes gouvernementales et milices locales pratiquaient une politique de la terre brûlée et terrorisaient la population en détruisant les villages, en tuant les hommes et en violant les femmes.

États-Unis - La participation des Démocrates au bilan de Bush

Ainsi, Bush a remporté haut la main l'élection présidentielle américaine. Au-delà de l'écart entre le nombre de grands électeurs respectifs des deux candidats, déterminé par une procédure électorale compliquée, il a obtenu trois millions cinq cent mille voix de plus que son adversaire.

Lors de sa première élection, en 2000, Bush n'avait été désigné président des États-Unis, en dernier ressort, que grâce au jugement favorable d'un juge de la Cour suprême. Il avait pourtant recueilli moins de voix que son adversaire démocrate, Al Gore. Il était déjà arrivé dans le passé qu'un président soit élu avec moins de voix que son adversaire grâce à un système électoral à deux degrés qui attribue, dans la plupart des États, la totalité des grands électeurs d'un État à celui qui a une majorité, même très courte. Le système électoral lui-même apporte déjà des "correctifs" à l'expression du corps électoral. De plus, à en juger par la cascade de contestations et de procès qui a suivi l'élection de 2000, le clan Bush avait apporté quelques "correctifs" supplémentaires là où il en avait la possibilité, en Floride dont le gouverneur est un frère Bush. C'était donc une élection contestable et contestée. Et G.W. Bush entama sa carrière présidentielle en position de faiblesse.

Et voilà que quatre ans après, il est réélu avec une majorité à ce qu'il paraît sans précédent dans l'histoire électorale américaine !

C'est qu'entre-temps, il y a eu le 11 septembre 2001, la destruction des tours jumelles du World Trade Center à New York. Pour la première fois depuis près de deux siècles, les États-Unis étaient atteints sur leur sol.

Bush sut se saisir de l'émotion que cela suscita - ou ses conseillers surent le faire pour lui. Répétant les mouvements de menton devant la télévision, il prit la pose du chef de guerre d'une Amérique attaquée et s'engagea dans une politique de démagogie sécuritaire.

L'élection de G.W. Bush, avec son populisme réactionnaire, ses arguments sécuritaires, son langage moralisateur, son parti pris de fondamentalisme religieux, reflète apparemment l'état d'esprit actuel d'une majorité de l'électorat américain.

Il faut dire que John Kerry - qui, s'il avait été élu, aurait mené la même politique fondamentale que Bush - n'a pas cherché à incarner une politique différente même sur ce terrain. Il a repris à son compte la politique sécuritaire. Il n'a pas pris le contre-pied des préjugés réactionnaires, quand il n'a pas cherché à les flatter ! À plus forte raison, il n'a pas promis que, s'il était élu, il retirerait les troupes américaines d'Irak. En la matière, les électeurs ont sans doute préféré l'original à la copie.

Ce résultat a surpris ici, en France, les médias et les milieux politiques qui, en même temps qu'ils attribuaient un caractère historique à ce vote, ont pris dans leur très grande majorité parti pour John Kerry. Du coup, au lendemain des élections, ils ont passé leur temps à essayer d'expliquer pourquoi les électeurs américains n'ont pas voté comme eux, les journalistes, avaient prévu qu'ils le fassent.

Bush va donc entamer son deuxième mandat. Ce que sera sa politique, son premier mandat en a déjà donné une certaine idée. Il disposera cependant de moyens politiques supérieurs pour la mener, y compris dans ses aspects les plus réactionnaires.$$wL'article que nous publions ci-dessous est extrait de Class Struggle, une publication de l'organisation trotskyste américaine Spark. Il a été écrit avant la réélection de Bush. Son objet a été de prendre le contre-pied des illusions propagées par ceux qui, au nom de l'idée "tout sauf Bush", dépeignaient sous des couleurs avenantes le Parti démocrate et son candidat. En faisant cependant le point sur la politique de Bush pendant les quatre ans de son premier mandat, il permet de dégager les grandes lignes de ce que peut être sa politique, au moins pendant la période prévisible à venir.

Il rappelle aussi à quel point cette politique non seulement n'a pas rencontré d'opposition du côté du Parti démocrate, mais que celui-ci a bien souvent participé très directement, sinon à son élaboration, du moins à son adoption par le Congrès.

Guadeloupe - Grèves et manifestations pour s'opposer à l'intimidation judiciaire au service du patronat

Le juge d'application des peines de Pointe-à-Pitre, sur la requête des avocats du syndicat UGTG (Union générale des travailleurs de la Guadeloupe), a décidé de suspendre pour deux mois l'application de la peine de Michel Madassamy, membre dirigeant de l'UGTG, compte tenu de son "état de santé dégradé" par une grève de la faim de 30 jours.

Par ailleurs, un référé a été introduit auprès du tribunal de Pointe-à-Pitre pour faux et usage de faux concernant l'un des documents qui ont servi pour l'arrestation et l'incarcération de Madassamy. Le jugement sera rendu le 18 novembre.

La décision du juge est bien un recul devant la détermination de Madassamy et devant l'importance du soutien apporté par les travailleurs et les jeunes qui sont mobilisés depuis un mois pour exiger sa libération et pour faire reculer les injustices, les attaques antisyndicales et antigrévistes.

Tous ces gens, préfet, membres de l'appareil judiciaire, qui volent au secours des patrons pour les aider face aux grèves des travailleurs, ont subi un revers. Car c'est bien eux qui ont attisé le mécontentement et provoqué la montée de la colère par leur attitude arrogante et méprisante, par leurs gestes hostiles répétés contre les travailleurs en grève, par leurs menaces et par l'étalage et l'usage répété contre les grévistes du dispositif de répression.

Ils croyaient peut-être que leur répression judiciaire, leurs multiples condamnations crapuleuses, leurs amendes, leurs interpellations et arrestations allaient intimider et démobiliser les travailleurs et les organisations syndicales combatives. Tout cela a eu l'effet contraire.

Des grèves n'ont cessé d'éclater dans diverses branches : commerce, services, fonction publique, port, mairies, distribution d'essence.

Alors se pose un problème : dans deux mois, les autorités judiciaires (procureur, juge d'application des peines, etc. ) vont-elles se risquer à remettre en prison Michel Madassamy ? Chercheront-elles à tout prix à appliquer les dix mois de prison auxquels ce militant syndical reste condamné ?

On voit mal comment, dans deux mois, Madassamy accepterait plus qu'aujourd'hui d'être mis en prison.

Quant à ceux qui se sont mobilisés pour obtenir sa libération, ils estiment qu'il s'agit là d'une première étape et que la libération de Madassamy doit devenir définitive. Les organisations regroupées dans le Comité contre la répression veulent aussi que les jugements hâtifs, injustes, disproportionnés contre des grévistes, des militants syndicaux soient annulés ou deviennent lettre morte, d'une façon ou d'une autre.

De même qu'il faut mettre un terme à la prétention de faire payer des dizaines de milliers d'euros d'amendes et d'astreintes à des travailleurs pour avoir participé à des piquets de grève sous prétexte qu'ils entravaient "la liberté du travail" .

Si les autorités judiciaires et l'administration préfectorale décidaient à tout prix de faire appliquer les peines de Madassamy et des autres condamnés, ce serait là une véritable provocation. Une telle attitude ne pourrait qu'attiser la colère et en arriver à des affrontements avec les travailleurs et les jeunes les plus combatifs.

Il est certain qu'il y a des forces locales, des gens dans les milieux du patronat et du MEDEF, qui voudraient bien en arriver là, c'est-à-dire qu'ils espèrent ainsi mettre au pas les syndicalistes et les travailleurs combatifs. Il s'agit notamment de tout le lobby bananier qui gravite autour de quelques grands planteurs békés de Guadeloupe et Martinique, les Dormoy, Lignères, Hayot et compagnie.

Les autorités dites de "tutelle" à Paris vont-elles les suivre sur ce terrain ? Ou feront-elles un calcul plus avisé et plus prudent ? Nul ne peut le dire pour l'instant.

Dans les semaines qui vont suivre, on verra si les grèves et manifestations, l'engagement des travailleurs pour exiger la libération de Madassamy, ont été une première étape dans la mobilisation des travailleurs ou une simple réaction défensive ou de solidarité sans lendemain.

Haïti - Les quartiers pauvres entre le banditisme des partisans d'Aristide et les exactions policières

La situation se dégrade jour après jour pour les classes pauvres de Haïti. Au chômage, à la misère généralisée, aux bas salaires pour la minorité qui a du travail, s'ajoute une insécurité dont les pauvres sont les victimes quasi exclusives. Le pays est déchiré entre les différentes bandes armées : la police officielle, l'ancienne armée dissoute mais en partie reconstituée pour rançonner la population, les bandes de trafiquants. Dans la capitale, Port-au-Prince, les quartiers pauvres restent dominés par les chimères, les milices du président déchu Aristide.

Durant les jours qui ont suivi le 29 septembre 2004, anniversaire du coup d'État militaire qui, en 1991, avait renversé Aristide, les chimères ont déclenché une véritable guerre de guérilla dans la ville. Elles assassinent, décapitent leurs victimes, les laissent sur la chaussée. De jour comme de nuit, elles tirent des rafales d'armes de gros calibre : M16, M14, Hzi.

Pour décrire la situation, nous publions ci-après le témoignage de nos camarades de l'OTR, organisation trotskyste militant en Haïti.

Israël-Palestine - Evacuer Gaza pour maintenir l'oppression

"La mort de Yasser Arafat ouvre une nouvelle ère au Proche-Orient", a titré un grand quotidien. Sharon et Bush, plus explicites, se réjouissent, l'un ouvertement, l'autre hypocritement, de ce qu'"une nouvelle voie s'ouvre pour la paix". Comme si c'était la personne d'Arafat qui était l'obstacle à la paix au Moyen-Orient ! Comme si ce n'était pas l'armée israélienne qui menait une guerre contre la population palestinienne ! Comme si les dirigeants d'Israël ne bénéficiaient pas, pour mener cette guerre, du plein appui diplomatique, financier et en armement des États-Unis. Le cynisme de ces dirigeants est sans limite.

Les dirigeants des pays arabes, eux, ont fait mine de s'incliner devant la mémoire d'Arafat. C'est le gouvernement égyptien qui s'est chargé d'une partie de la cérémonie de funérailles. Mais il est significatif que cette cérémonie, dans sa partie égyptienne, se soit déroulée sur un terrain militaire clos et protégé, loin de la ville et proche de l'aéroport, situé aux portes du désert. Les dirigeants n'ont pas voulu prendre le risque de rééditer l'enterrement de Nasser où des centaines de milliers, et peut-être des millions de personnes, avaient afflué, transformant, par le caractère massif de leur seule présence, une cérémonie officielle en démonstration de force des masses pauvres.

Pour l'enterrement à Ramallah, lieu désigné après de sordides marchandages de la part du gouvernement israélien, les mêmes précautions ont été prises. Aux points de passage entre la bande de Gaza et la Cisjordanie, les contrôles israéliens ont été multipliés et on y a ajouté ceux des forces armées de l'Autorité palestinienne.

Malgré les obstacles cependant, la cérémonie protocolaire a été débordée par la foule anonyme de Palestiniens.

Même de son vivant, ce n'est pas Arafat que craignaient les dirigeants de ce monde, y compris les dirigeants arabes. Ce qu'ils craignaient, ce sont les forces qu'il a fini par symboliser, ces millions de Palestiniens déracinés, chassés de leur région d'origine, la moitié d'entre eux transformés en réfugiés dans les pays voisins et l'autre moitié réduite à la pauvreté à Gaza ou en Cisjordanie, subissant en permanence les vexations des autorités israéliennes et périodiquement leurs bombes.

Pendant de longues années, c'est cette force-là qui a été le principal facteur de déstabilisation aussi pour des régimes réactionnaires ou dictatoriaux arabes du voisinage.

Car comment oublier, pendant que les chefs d'État arabes s'inclinaient devant la dépouille d'Arafat, que l'armée jordanienne s'est livrée à un véritable massacre de Palestiniens lors du "Septembre noir" de 1970 et que l'armée syrienne et l'armée israélienne ont joué des rôles complémentaires pour mettre au pas les réfugiés palestiniens au Liban ?

Arafat ne représentait pas véritablement les intérêts des masses pauvres de Palestine, à la fois parce que sa politique nationaliste n'ouvrait pas une perspective plus vaste d'union entre les travailleurs et les classes opprimées de toute la région et parce qu'il faisait plus confiance au soutien des grands de ce monde qu'à celui de son propre peuple.

Mais Arafat était devenu le symbole d'une révolte et d'un combat. Et c'est ce symbole-là qu'on a voulu enterrer, au sens propre comme au sens figuré du terme, ce 12 novembre 2004, à Ramallah.

13 novembre 2004