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Dans le monde
Il y a 50 ans : 1975, l’indépendance du Suriname
Le 25 novembre 1975, le Suriname, le plus petit pays d’Amérique du Sud, ancienne colonie des Pays-Bas depuis 1667, connue sous le nom de Guyane néerlandaise, accédait à l’indépendance.
Dernier pays d’Amérique à devenir indépendant, en tout cas au sens politique du terme, cela n’a pas pour autant ouvert une perspective de développement au Suriname. Cet État qui compte aujourd’hui 600 000 habitants, reste, plus encore que d’autres pays d’Amérique du Sud et vu sa taille, un pays dominé par l’impérialisme.
Le Suriname fait partie du plateau des Guyanes, auquel appartiennent la Guyane française (reste de l’empire colonial français), le Guyana (ancienne colonie britannique), le nord du Brésil (ancienne colonie portugaise) et l’est du Venezuela (ancienne colonie espagnole). Ainsi, cette région a vu des frontières la diviser en différents morceaux correspondant à un partage entre puissances colonisatrices, souvent à l’issue d’affrontements militaires suivis de marchandages, voire de dépeçages.
Un découpage des peuples
Depuis des millénaires, les Amérindiens autochtones habitent partout dans cette région, essentiellement forestière. Dès le 17e siècle, les Noirs marrons ou Bushinengues, des esclaves ayant fui les plantations, ont fondé des communautés dans la forêt amazonienne, évidemment sans se soucier de la moindre frontière. Et les descendants d’esclaves, après leur libération dans la deuxième moitié du 18e siècle ont, pour certains, investi les abords des fleuves.
La population du Surinam, pour près de 30 %, présente aussi une importante composante hindoustani. En effet, à l’abolition de l’esclavage, en 1863, les colonisateurs hollandais décidèrent de faire venir une main-d’œuvre nombreuse d’Inde – les Hindoustanis – ainsi que des Javanais et des Chinois. Les colonisateurs anglais eurent la même politique de peuplement dans ce qui allait devenir le Guyana, voisin du Suriname.
En 1975, lorsque les Pays-Bas décidèrent d’accorder l’indépendance au Suriname, dans le contexte général de décolonisation, ils voyaient monter les risques de révoltes dues à la misère, et de conflits faisant suite aux divisions ethniques soigneusement entretenues. Ils préféraient sans doute ne pas avoir à les affronter directement.
Des richesses pillées par l’impérialisme
Tout au long des 50 ans écoulés depuis l’indépendance dans ce pays sous-développé, la petite bourgeoisie locale a cherché à se partager le peu de richesses disponibles laissées par l’impérialisme. Les conflits se sont succédé, faisant alterner des périodes apparemment démocratiques avec des périodes de dictature militaire. Le pire fut, entre 1986 et 1992, une véritable guerre civile entre le pouvoir officiel et une guérilla bushinenguée, qui vit des milliers de réfugiés affluer vers la Guyane française.
Aujourd’hui, le Suriname n’est toujours pas sorti de l’héritage colonial de misère et de sous-développement laissé par les Pays-Bas. Les richesses du pays ne manquent pas, mais sont systématiquement pillées par l’impérialisme : exploitation de la forêt, immenses gisements de bauxite, d’or et de diamants, sans oublier la production agricole. Cela laisse le spectacle de routes défoncées, d’infrastructures délabrées (un pont routier s’est effondré en octobre dernier), de bâtiments en ruine. Les salaires de misère et le chômage poussent à l’émigration. Près de 400 000 personnes d’origine surinamaise habitent les Pays-Bas et la Belgique.
Ce ne sont pas les immenses gisements de pétrole, découverts récemment et dont l’exploitation par l’entreprise française Total débutera dès 2028, qui vont venir en aide à la population pauvre. Si Total et le gouvernement du Suriname promettent des retombées fantastiques, l’histoire des pays producteurs de pétrole dans le monde ne permet pas de les croire.
Des frontières absurdes héritées de la colonisation
La division du Plateau des Guyanes en trois petits pays, dont le Suriname, est une question fondamentale. L’exemple du fleuve Maroni, qui sert de « frontière » entre le Suriname et la Guyane française, est particulièrement révélateur : le « peuple du fleuve » vit librement sur les deux rives, sans se soucier de cette ligne imaginaire. La circulation permanente en pirogue donne bien du fil à retordre aux quelques agents de la police de l’air et des frontières française (PAF), impuissants face à des habitants dont les activités s’étendent naturellement de part et d’autre du fleuve. Cette « frontière » pour eux, n’en est évidemment pas une.
Ces limites d’État totalement artificielles sont d’ailleurs encore contestées pour certaines, comme celle qui sépare le Guyana et le Venezuela, un différend ravivé par la découverte de vastes gisements de pétrole dans la région.
Pour la population du Suriname, mais aussi du Guyana et de la Guyane française, surmonter l’absurde découpage colonial qui perdure aujourd’hui serait indispensable. Ce sera un objectif fondamental pour un gouvernement des travailleurs.