- Accueil
- Lutte ouvrière n°3009
- Traite des esclaves : les pays impérialistes se dédouanent
Leur société
Traite des esclaves : les pays impérialistes se dédouanent
Lors d’un vote à l’Assemblée générale de l’ONU le 25 mars, une résolution portée par le Ghana désignant la traite transatlantique des esclaves comme le « pire crime contre l’humanité » a été adoptée par 123 voix. Trois pays ont cependant voté contre, et 52 se sont abstenus.
L’Argentine, Israël et les États-Unis ont voté contre, prétextant que cela mettrait les « crimes en compétition ». La Grande- Bretagne et les États membres de l’Union européenne, dont la France, se sont abstenus, en reprenant la même justification. Cette qualification de « pire crime » risquerait de « mettre en concurrence des tragédies historiques qu’il n’y a pas lieu de comparer », pour reprendre les mots du représentant de la France à cette séance de l’ONU.
Ne pas condamner la déportation et la réduction en esclavage de 12 à 15 millions d’Africains sous le prétexte qu’il y a bien d’autres crimes tout aussi abominables, pourrait laisser sans voix, tout comme le fait de refuser tout droit à des réparations parce « qu’ils n’étaient pas illégaux à l’époque où ils ont eu lieu », comme l’a déclaré le représentant américain.
Mais il n’est pas étonnant que les représentants des pays impérialistes aient quelques difficultés à approuver une telle condamnation, pourtant symbolique, car cela veut dire admettre leurs responsabilités dans ces « tragédies ». Il faut en effet continuer à cacher que ce « crime contre l’humanité » a permis à la classe capitaliste de prospérer. C’est grâce à l’esclavage que la bourgeoisie française en particulier s’est enrichie, sous la royauté, dans le commerce triangulaire entre les ports négriers, en particulier ceux de Nantes et de Bordeaux, et, d’autre part, l’Afrique et les Antilles. Les profits produits avec le sang et la sueur de millions de Noirs réduits en esclavage ont permis l’accumulation de capitaux en Europe et aux États-Unis, donnant ainsi une base de départ à l’essor du capitalisme à l’échelle de la planète.
Un système responsable d’une telle barbarie est à coup sûr à condamner, et il est surtout à renverser.