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Leur société
Territoriaux – Angers : le blabla aussi déborde
Lundi 23 février, les agents territoriaux de la ville et de la communauté urbaine d’Angers ont eu droit aux applaudissements du conseil municipal, pour leur engagement face aux inondations. Il n’y a pas de quoi remplir le frigo, mais de quoi faire grincer les dents.
Si les habitants des zones inondées par le débordement de la Maine, de ses affluents et de la Loire ont fait face, ils le doivent en effet largement aux agents de la voirie et de la propreté publique. Comme toujours dans de tels moments de crise, la solidarité naturelle entre riverains et le dévouement des travailleurs à l’intérêt collectif ont évité que cet épisode météorologique extrême ne débouche sur un désastre.
Les agents ont notamment disposé 4 000 parpaings et quatre kilomètres de planches pour faciliter la circulation dans les zones touchées par la montée des eaux, matériel qu’ils ont eu à retirer au moment de la décrue. Une directrice, depuis son bureau, a promis que ce retrait serait fait en un temps record, histoire de se faire bien voir d’élus en pleine campagne municipale, mais se moquant bien de la pression ajoutée sur le dos des agents mobilisés depuis des jours sur le terrain.
De fait, les employés de la municipalité et de l’agglomération n’ont guère été aidés dans leurs interventions par les plus hauts responsables, ou plutôt irresponsables. Quand les crues ont approché le niveau historique de 1995, les agents étaient sous-dotés. Bottes, cuissardes, salopettes : il a fallu presque une semaine pour que chacun soit équipé correctement. Cela fait des décennies que les scientifiques alertent à propos du dérèglement climatique, mais la hiérarchie a quand même réussi à être prise par surprise. Cette impréparation, dans un bassin où les inondations sont pourtant fréquentes, reflète crûment la pénurie aggravée au fil des ans dans les services à la population.
La pluie d’éloges dont les agents territoriaux ont été abreuvés passe d’autant plus mal que les élus qui les félicitent aujourd’hui sont les mêmes qui, lors d’un mouvement en 2023, leur avaient refusé toute hausse de salaire. Nombreux sont les travailleurs qui font un parallèle avec la période de la pandémie, quand les politiciens applaudissaient les « premiers de corvée » et juraient qu’ils se souviendraient de leurs sacrifices. Cela ne s’était pas traduit sur la fiche de paye et les conditions de travail, à force de coupes budgétaires, avaient continué à se dégrader.
Quant aux hommages rendus aux salariés de la commune et de la métropole par Christophe Béchu, le maire-président, ils ne peuvent faire oublier sa propre action... et inaction, aux différents postes qu’il a occupés.
Avec la crue, il a fait mine de redécouvrir les vertus du service public mais, à la tête d’Angers depuis 2014, il n’a cessé de le restructurer, pour comprimer les effectifs, d’une part, et offrir plus de missions au privé, de l’autre, dans la ligne du parti d’Édouard Philippe, Horizons, dont il est secrétaire général. Ministre de la Transition écologique de 2022 à 2024, il a laissé les mains libres au pollueur TotalEnergies, et plus largement aux capitalistes responsables du dérèglement climatique, pendant que les gouvernements où il siégeait criminalisaient les militants écologistes osant tirer la sonnette d’alarme.
La crue récente a rappelé que les travailleurs font tout tourner, au quotidien comme dans les situations exceptionnelles, preuve de plus que c’est à eux, pas aux bourgeois et à leurs amis politiciens, qu’il reviendrait de tout diriger.