Syrie : al-Charaa s’attaque aux Kurdes21/01/20262026Journal/medias/journalarticle/images/2026/01/P9-2_Rakka_en_ruines_le_19_janvier_C_BAKR_ALKASEM__AFP.jpg.420x236_q85_box-0%2C42%2C800%2C491_crop_detail.jpg

Dans le monde

Syrie : al-Charaa s’attaque aux Kurdes

Le 18 janvier, les troupes syriennes d’al-Charaa ont repris le contrôle des provinces de Rakka et Deir Ezzor, jusqu’alors contrôlées par les forces kurdes du FDS. Cette défaite marque la fin de l’autonomie des Kurdes dans le nord-est de la Syrie.

Illustration - al-Charaa s’attaque aux Kurdes

Les Kurdes, qui vivent à cheval sur l’Iran, l’Irak, la Syrie et la Turquie, font partie des peuples privés du droit à l’existence nationale du fait des découpages faits par les puissances impérialistes. Pour garder le contrôle du Moyen-Orient, elles ont dépecé le vieil empire ottoman, au sein duquel vivaient tous les peuples de la région. Après avoir exercé un mandat colonial direct, elles ont fait surgir des États nationaux, aux frontières artificielles, dont elles ont entretenu les rivalités. Opprimés dans les pays où ils constituent des minorités, les Kurdes ont souvent été instrumentalisés par leurs dirigeants nationaux cherchant le soutien d’une puissance voisine en échange du contrôle d’un territoire.

Ainsi les Kurdes d’Irak ont-ils pu obtenir la gestion d’une vaste région autonome après le renversement de Saddam Hussein en 2003 par l’armée américaine. Les milices kurdes de Syrie ont représenté les principales forces combattantes au sol lors de la guerre contre Daesh, menée par la coalition internationale sous l’égide des États-Unis, entre 2014 et 2019. Elles ont payé de grandes pertes humaines la reconquête de Mossoul puis de Rakka, qui étaient tombées sous le contrôle des djihadistes de l’État islamique. Le soutien des États- Unis et leur rôle décisif dans les combats leur ont alors permis une administration kurde sur le nord-est de la Syrie, souvent nommé le Rojava. Jusqu’au 18 janvier, elle contrôlait non seulement les régions à majorité kurdes mais également des régions arabes, stratégiques et riches en pétrole, autour de Rakka et Deir Ezzor, sur le fleuve Euphrate. Sur ce territoire, elle percevait les rentes pétrolières et contrôlait les postes frontières et l’importation de marchandises.

Mais ce pouvoir était fragile. Dès octobre 2019, les États-Unis avaient retiré leurs forces spéciales de la région, ouvrant la voie à l’armée turque, qui imposa son contrôle, au prix de milliers de morts civils et de destructions, sur une large bande de territoire à sa frontière. Face à elles, les dirigeants kurdes avaient passé un accord avec Bachar al-Assad, le dictateur syrien soutenu par l’Iran et la Russie. Cet accord, ainsi qu’une alliance avec les chefs des tribus arabes vivant autour de l’Euphrate, ont permis aux dirigeants kurdes de se maintenir.

La chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, renversé par Ahmed al-Charaa, lui-même soutenu par la Turquie et adoubé par Trump et accessoirement Macron, a changé la donne. Depuis un an, al-Charaa se pose en champion de l’unité de la Syrie, prêt à intégrer toutes les minorités nationales, mais sous son contrôle. Si un accord a été signé en mars 2025 avec le chef des FDS, le général Mazloun Abdi, cette intégration se heurtait aux résistances des dirigeants locaux, qui avaient beaucoup à perdre. L’offensive militaire lancée contre l’enclave kurde d’Alep, puis contre Rakka, accompagnée du retournement des chefs de tribus arabes, a précipité l’affaire.

L’accord ratifié à Damas le 19 janvier, sous l’égide des États-Unis, prévoit que les Kurdes pourront continuer à étudier dans leur langue, qu’ils auront accès à des postes dans l’administration mais que les soldats devront s’enrôler individuellement. Les militants turco-kurdes du PKK, eux, devront quitter le pays. Quant aux classes populaires, qu’elles soient kurdes ou pas, leur quotidien reste fait de privations. Ce énième revers pour les Kurdes montre encore une fois que l’ordre mondial imposé à coups de trique par les grandes puissances ne laisse aucune place au droit des peuples à s’administrer comme ils l’entendent.

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