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Leur société
Saint-Denis : une campagne raciste et anti-pauvres
L’élection d’un maire noir affilié à La France insoumise (LFI) à Saint-Denis, une ville de la banlieue parisienne dont la population est en majorité d’origine immigrée, a été suivie d’une campagne raciste.
Les médias appartenant à Bolloré, ce milliardaire d’extrême droite qui fit fortune en pillant les ressources du continent africain, ont servi de caisse de résonance à un déferlement de propos venimeux contre le nouvel élu, Bally Bagayoko. Le psychologue Jean Doridot déclarait ainsi sur CNews à son propos vendredi 27 mars : « Nous sommes des mammifères sociaux de la famille des grands singes […]. Dans toute tribu il y a un chef qui a pour mission d’installer son autorité ». Le lendemain c’était le « philosophe » Michel Onfray qui en rajoutait une couche en affirmant : « On n’est pas dans une tribu primitive […] où vous avez un mâle dominant qui dit “c’est moi qui décide” ». Autant de propos dignes de tous les prétendus scientifiques qui jadis classaient les races par ordre d’intelligence, les Africains figurant bien sûr en bas de l’échelle pour justifier le colonialisme. Cela avait commencé dès le lendemain de l’élection lorsque les propos de Bally Bagayoko, « Saint-Denis, ville des rois morts et du peuple vivant » avaient été travestis sur les plateaux de CNews et de RMC en « ville des Noirs ».
Cette campagne vise en fait toute la population pauvre. Bally Bagayoko ayant annoncé qu’il allait enlever ses armes de type LBD à la police municipale, il n’en a pas fallu plus pour donner prise à un déferlement éditorial de type Peur sur la ville, pour reprendre le titre d’un article du Journal du dimanche le 29 mars. Toutes sortes de rumeurs et de contrevérités ont été propagées : des points de deal auraient réapparu dès le lendemain de l’élection, 90 policiers municipaux sur les 140 seraient déjà sur le départ, il y aurait eu des narcotrafiquants parmi les assesseurs des bureaux de vote. Le nouveau maire a essayé de rectifier comme il a pu, certifiant que le désarmement de la police municipale serait progressif, qu’il avait fait des rondes avec les policiers pour les rassurer et, qu’en tout et pour tout, un seul d’entre eux sur toute la ville avait demandé sa mutation, mais le mal était fait. Il n’y aurait à Saint- Denis que des voyous et des familles vivant du narcotrafic, alors que dans cette ville, comme dans d’autres de la banlieue parisienne, habitent la majeure partie des employés des grandes surfaces, du personnel hospitalier, des travailleurs des usines ou des grandes concentrations ouvrières comme celles de la zone aéroportuaire de Roissy-Charles de Gaulle. C’est cette population pauvre constituant l’électorat de Bagayoko que vise à stigmatiser et à intimider la campagne en cours.
La droite, quant à elle, ne pouvait pour sa part manquer d’être de la partie. Elle a vu dans ce résultat électoral l’occasion de continuer ses efforts visant à établir un « cordon sanitaire » autour de LFI dans la perspective de la future élection présidentielle. Les huées adressées à l’ancien maire PS Mathieu Hanotin, amplement justifiées vis-à-vis d’un élu qui s’était fait le champion d’une politique dirigée contre la population pauvre, ont été stigmatisées comme l’expression d’une « violence inouïe » de LFI. Bruno Retailleau a ainsi parlé d’une « stratégie insurrectionnelle de Mélenchon », rien de moins, et annoncé qu’il créerait bientôt un observatoire des pratiques de LFI. Quant à Éric Ciotti, il s’est porté volontaire pour accueillir à Nice les policiers qui voudraient quitter Saint-Denis. Tout cela pour un petit chahut à l’occasion d’une soirée électorale !
Ce beau monde s’est ainsi retrouvé non seulement contre Bally Bagayoko, mais surtout contre la population pauvre d’une ville ouvrière. Même si l’élection d’un maire insoumis ne changera pas grand-chose à ce que vivent les habitants des cités, tant ses problèmes se situent à un tout autre niveau, cette campagne immonde est bien significative de la volonté de la bourgeoisie et de son personnel politique de faire taire tout ce qui peut ressembler à une contestation de sa politique.