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Dans les entreprises
Renault : futur profiteur de guerre
Depuis l’été dernier, Renault a communiqué sur la fabrication éventuelle de drones militaires dans ses usines. Le projet avance.
Le magazine L’Usine nouvelle a fait connaître ce que le groupe a publié : ses dirigeants, parmi d’autres, discutent avec le ministère des Armées pour – ce n’est bien sûr pas dit ainsi – profiter eux aussi des milliards déversés aux industriels de l’armement. En l’occurrence, Renault s’engage dans la fabrication de drones militaires et, selon son communiqué, « la démarche se concrétise ». Un projet est en préparation avec Turgis Gaillard, une entreprise spécialisée en aéronautique de défense, qui a déjà commercialisé un matériel de lancement de missiles et un drone militaire.
Renault, se vantant de son « savoir-faire recherché », se réserve la seule structure du futur drone, les charges militaires étant confiées à son partenaire. Le groupe affecte de ne pouvoir encore préciser dans quelles usines les drones seraient construits, prétendant « respecter le processus de consultation des instances représentatives du personnel », mais les médias bien informés citent l’usine du Mans pour le châssis et celle de Cléon pour le moteur. Ce qui semble plus précis est le pactole qui arrosera les actionnaires de la co-entreprise, puisque, à la suite d’un contrat initial de 35 millions d’euros signé avec la direction générale des armées, il pourrait se transformer en pluie d’un milliard par an pendant dix ans.
Les patrons de Renault glissent au passage qu’ils ont surtout le souci de préserver l’activité, sous-entendant que le projet serait bon pour les emplois. Mais peu de travailleurs de Renault, qu’ils soient ouvriers ou ingénieurs, peuvent en être dupes tant ils ont payé pour savoir que le groupe n’a le souci de préserver ni les emplois ni les salaires. Des milliers des premiers ont été allégrement supprimés au cours de « plans de réorganisation » qui ont augmenté dans les ateliers et les bureaux d’études une charge de travail de plus en plus pesante. Quant aux salaires, les augmentations générales successives ont été minables voire inexistantes, les seules compensations à l’inflation étant des augmentations à la tête du client, et des primes peu sûres par définition.
Une inquiétude diffuse accueille donc généralement le projet de Renault parmi les salariés, d’autant plus qu’il accompagne le climat de marche à la guerre actuel. Une chose est sûre, ce n’est pas en misant sur ces productions guerrières que les travailleurs de l’automobile défendront leur gagne-pain. Ils devront affronter la rapacité de leurs patrons, notamment ceux du groupe Renault, qui viennent d’annoncer à leurs actionnaires, pour la troisième année consécutive, « une solide performance ».