Plateau des Glières : Résistance et Union nationale10/04/20242024Journal/medias/journalnumero/images/2024/04/une_2906-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg

Leur société

Plateau des Glières : Résistance et Union nationale

Dimanche 7 avril, Macron s’est rendu sur le plateau des Glières pour y célébrer le 40e anniversaire de la fin de l’éphémère « République de Savoie » que quelques centaines d’hommes en armes, venus des forces de la Résistance, avaient instaurée, le 31 janvier 1944. « À 1 400 mètres d’altitude, au-dessus d’elle-même, la France s’élevait », a déclaré Macron. Mais quelle France et pourquoi ?

« Emmanuel Macron célèbre la diversité des engagements qui ont fait la Résistance », a titré à ce propos L’Humanité. Mais au service de qui s’est battue cette Résistance, dont le PCF et les FTP étaient une des composantes principales sur le terrain ? La diversité dont se glorifie aujourd’hui le PCF consistait à engager ses militants sous les ordres de De Gaulle. Celui-ci avait, en tant qu’homme de la bourgeoisie française, un projet politique, affiché clairement : il s’agissait de restaurer le plein pouvoir de l’État ébranlé par la victoire provisoire de l’Allemagne nazie. Pétain avait sauvegardé de son côté les intérêts de la bourgeoisie française dans la situation d’occupation. Il fallait assurer une relève dans le cadre de la victoire annoncée de l’autre camp, celui des Alliés. Face cette fois aux États-Unis, de Gaulle voulait pouvoir restaurer l’empire colonial français et un espace pour son économie capitaliste.

Les dirigeants du PCF souscrivaient au projet en connaissance de cause. Ils pouvaient utiliser l’engagement courageux de leurs militants, qui, eux, pensaient lutter pour une société nouvelle. En réalité, ils étaient mis au service de la restauration de l’habituel ordre bourgeois en France. C’est dans ce cadre qu’avait été créé, le 27 mai 1943, le Conseil national de la Résistance, le CNR, et que deux ministres communistes allaient être intégrés le 9 juin 1944 au gouvernement provisoire de la République présidé par de Gaulle.

Le sacrifice des combattants du plateau des Glières, achevé le 26 mars 1944, avec au moins 130 morts, fut suivi de celui des combattants du plateau du Vercors. Du 9 juin au 21 juillet 1944, la « République du Vercors, premier territoire libéré de la France », y fut proclamée juste après le débarquement des troupes alliées le 6 juin. L’offensive de l’armée allemande, le 21 juillet, y mit fin brutalement, faisant cette fois plus de mille victimes, dont des habitants massacrés à cette occasion.

Cette initiative avait été déclenchée à un moment critique de l’offensive alliée, en sachant là encore quelle en serait l’issue. Le but était d’affirmer des forces françaises face à l’état-major américain qui avait envisagé de mettre en place un gouvernement d’occupation. De Gaulle tenait à démontrer, avec l’appui de la Résistance, qu’il aurait les capacités de remettre en place un État, avec ses forces armées, sa police, sa justice, son administration, garantissant la continuité du système capitaliste. Cette politique allait prévaloir pendant toute la période dite de la Libération jusqu’en 1947, et la classe ouvrière allait la payer au prix fort.

L’Union nationale était le mot d’ordre commun à toutes les forces politiques regroupées dans le CNR. Mais c’était l’union derrière les intérêts de la bourgeoisie française pour préserver les intérêts du capital. C’était la même que l’Union sacrée de 1914, que celle prônée aujourd’hui et pour demain. La glorification du patriotisme, du nationalisme, d’une « France unie », a toujours caché l’abandon de toute politique propre de la classe ouvrière. Celle-ci n’a pas à se soumettre au capital, mais doit viser à le renverser, lui et tout son système, économique et politique.

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