Pahlavi, tel père, tel fils14/01/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/01/une_2998-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C0%2C1271%2C1649_crop_detail.jpg

Dans le monde

Pahlavi, tel père, tel fils

Depuis le début de la révolte en cours, Reza Pahlavi, le fils du chah (le roi en persan) déchu en 1979, cherche à sortir de son exil doré aux États-Unis pour se poser en alternative au régime des mollahs en Iran. Des médias montrent des manifestants brandissant son portrait, reprenant le slogan « Pahlavi, reviens ».

Certaines de ces images sont truquées et diffusées par les réseaux pro-américains et pro-israéliens. Si le chah a incontestablement des partisans, c’est d’abord dans la diaspora iranienne. Si, faute d’autre alternative à la dictature, une partie de la population se tourne vers cette solution, jusqu’à récemment le fils du chah avait bien peu de soutien. Et pour cause.

La monarchie des Pahlavi était un régime au service de l’impérialisme. Le père de Reza Pahlavi est arrivé au pouvoir pendant la Deuxième Guerre mondiale alors que les États-Unis et la Grande-Bretagne se partageaient les ressources pétrolières. Quand, en 1953, son Premier ministre libéral Mossadegh voulut nationaliser le pétrole, la CIA organisa un coup d’État contre lui, avec le soutien du chah, mettant hors jeu les nationalistes qui s’en prenaient aux intérêts américains. Le régime du chah fut pendant plusieurs décennies le principal gendarme des USA au Moyen-Orient, plus encore qu’Israël, disposant d’une armée équipée de matériel américain.

Cette monarchie se voulait moderniste mais les opposants politiques étaient pourchassés, disparaissaient sans laisser de trace et subissaient les tortures de la Savak, la police politique réputée dans le monde entier pour sa sauvagerie. Les militants des organisations ouvrières, socialistes ou communistes, nombreuses en Iran, en étaient les premières victimes. La Savak terrorisait la population, au point qu’il n’était pas imaginable de plaisanter sur le régime sans craindre une dénonciation.

En parlant d’une « révolution blanche », le régime modernisa le pays, développant l’industrie pour le bénéfice des capitalistes occidentaux, exploitant durement les travailleurs et creusant les inégalités. Ainsi, en 1971, pour célébrer les 2 500 ans de l’empire perse sur le site de l’antique capitale, Persépolis, le chah fit amener au milieu du désert des fontaines, des fleurs venues par avion de Hollande, 25 000 bouteilles de vin, 150 kg de caviar, pour accueillir les chefs d’État du monde entier. Les pauvres, eux, étaient évacués à des dizaines de kilomètres pour que leur terrible misère ne trouble pas la vue des invités à cette fête.

La dictature proaméricaine du chah a fini par dresser contre elle toute la population, des ouvriers aux commerçants en passant par les petits paysans et les pauvres des villes et toutes les organisations politiques, des partis de gauche aux partisans de l’ayatollah Khomeiny. En 1979, la monarchie fut donc renversée par une profonde révolte populaire. Cependant, celle-ci fut canalisée par les hommes de Khomeiny, avec la complicité des dirigeants impérialistes, qui l’aidèrent à revenir d’exil, et celle des dirigeants des partis de gauche, qui le présentèrent aux masses comme l’homme auquel elles devaient faire confiance.

Celui qui se présente aujourd’hui comme une alternative est l’héritier de cette monarchie, profondément inégalitaire, agent dévoué de l’impérialisme, féroce avec ses opposants. Reza Pahlavi, grandi en exil entre les États-Unis et la Suisse, n’a jamais renié cet héritage. Il trouve des soutiens parmi l’extrême droite du monde entier. Si Trump, prudent, marque encore ses distances, Pahlavi est soutenu par Netanyahou, le massacreur des Palestiniens, qui met à sa disposition ses moyens d’État pour le promouvoir.

Un retour de la dynastie Pahlavi au pouvoir ne pourrait qu’aboutir à une nouvelle dictature tout aussi féroce contre les exploités et au service de l’impérialisme. Ceux qui, en Iran, crient des slogans hostiles au chah comme aux mollahs, en ont bien conscience.

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