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Moyen-Orient : l’escalade guerrière aggrave la crise
La guerre au Moyen-Orient, loin d’être terminée « en quatre à cinq semaines », comme l’avait fanfaronné Trump le 28 février, se poursuit et menace de s’étendre encore. Elle plonge déjà la planète dans une nouvelle crise économique aux conséquences multiples.
Si les bombardements américano-israéliens frappent l’Iran chaque jour, détruisant immeubles et infrastructures, tuant des civils, ils n’ont pas fait tomber le régime ni détruit son armée. Celle-ci continue de viser des pétroliers stationnés dans le golfe Persique et les installations pétrolières et gazières des monarchies du Golfe, alliées des États-Unis. La géographie du golfe et la mondialisation de l’économie ont donné avec le contrôle du détroit d’Ormuz une arme efficace à l’Iran face à l’impérialisme américain. Depuis le 28 février, cet étroit passage par lequel transitaient 20 % du pétrole mondial, un cinquième du gaz, une multitude de matières premières, ainsi qu’une immense flotte de porte-conteneurs, est quasiment bloqué. Alors que 120 bateaux passaient chaque jour par ce détroit, le pouvoir iranien en laisse désormais passer moins de dix, battant pavillon indien, chinois ou d’autres pays qui condamnent l’attaque israélo- américaine.
Conséquence de ce blocage, les exportations d’hydrocarbures de la région sont quasiment à l’arrêt, privant le monde de 11 millions de barils par jour, soit un dixième de la consommation mondiale. Le Qatar, deuxième producteur mondial de gaz, annonce qu’il lui faudra plusieurs années pour remettre en état une usine de GNL partiellement détruite, tandis que des puits de pétrole sont mis à l’arrêt dans certains pays. Pour le directeur de l’Agence internationale de l’énergie, cette guerre représente « la plus grande menace pour la sécurité énergétique mondiale de toute l’histoire ».
Dans l’autre sens, les riches monarchies sont privées de leur principale voie d’importations de marchandises. Si Ferrari a annoncé la livraison de ses luxueux bolides par avion, aucun pont aérien ne pourra remplacer la voie maritime. Surtout que, à cause de la guerre, le trafic aérien s’est effondré dans cette région qui était devenue un hub pour de nombreuses compagnies internationales entre l’Europe et l’Asie. Plus de 600 avions commerciaux restent au sol, la quasi-fermeture de cette route aérienne s’ajoutant à l’envolée du prix du kérosène. Selon le président de l’Association internationale du transport aérien, cette crise est « comparable aux crises engendrées par le 11 septembre 2001 ou à la crise financière de 2008 ». Cette comparaison ne vaut pas seulement pour le transport aérien ou l’énergie mais pour l’ensemble de l’économie. En déclenchant leur guerre contre l’Iran, Trump et Netanyahou ont brutalement aggravé toutes les contradictions de l’économie capitaliste et provoqué une nouvelle crise pour laquelle ils n’ont pas de solution.
Confronté à la résistance visiblement sous-estimée du régime des mollahs, et aux critiques d’une fraction de la bourgeoisie américaine devant cette guerre qui ressemble à une aventure mal préparée, Trump alterne les menaces et les offres de dialogue. Un jour il menace de détruire les centrales électriques et les usines de dessalement d’eau de l’Iran si le détroit d’Ormuz n’est pas rouvert, le lendemain il reporte son ultimatum. Pendant qu’il prétend que des « négociations pourraient être conclues prochainement », il fait venir des troupes supplémentaires en menaçant d’un débarquement sur telle ou telle partie du territoire iranien.
Un tel débarquement, qui exigerait l’envoi de dizaines voire de centaines de milliers de soldats américains et susciterait des ripostes plus importantes, étendrait encore la guerre et plongerait le monde dans une crise majeure. Mais, quels que soient les développements ultérieurs du conflit, aucun répit pour la population de la région ni aucune paix durable ne seront possibles tant que l’impérialisme imposera sa loi au Moyen-Orient comme sur le monde entier.