Montée du RN : la mauvaise herbe et son terreau14/01/20262026Journal/medias/journalarticle/images/2026/01/RN.jpg.420x236_q85_box-66%2C0%2C979%2C514_crop_detail.jpg

Leur société

Montée du RN : la mauvaise herbe et son terreau

Le procès en appel des députés européens du RN, dont Marine Le Pen, devait commencer le 14 janvier. Celle-ci a été condamnée en première instance à quatre ans de prison, dont deux ferme, cinq ans d’inéligibilité et 100 000 euros d’amende.

Illustration - la mauvaise herbe et son terreau

Le parti est accusé d’avoir, avec l’accord de Le Pen si ce n’est à son instigation, fonctionné frauduleusement au compte du Parlement européen pour un total de 4,4 millions d’euros.

Les protestations de l’extrême droite et de la droite sur la sévérité du jugement et le fait qu’il empêche Le Pen de se présenter en 2027 ont fait sourire tous ceux qui se souviennent que les mêmes n’avaient pas de mots trop durs pour condamner les fraudeurs venus de gauche. Lorsque des députés et ministres socialistes étaient pris les doigts dans le pot de confiture, Le Pen exigeait même l’inéligibilité à vie des condamnés. Mais force est de constater que l’évidente et très banale malhonnêteté des élus d’extrême droite n’a pas fait diminuer les intentions de vote en leur faveur.

Certains des électeurs les plus convaincus et les plus anciens de l’extrême droite crient au complot. Mais beaucoup d’autres, pas plus révoltés que cela, disent que, de toute façon, les politiciens tapent dans la caisse par définition et reprennent l’argument suprême « on ne les a jamais essayés ». En outre, le possible remplacement de Marine Le Pen par Jordan Bardella ne semble pas déstabiliser leurs électeurs, pas plus que le fait que ces prétendus représentants des intérêts des petits se prosternent par avance, et avec délectation, devant les ultra- riches.

La montée du RN est évidemment le résultat de dizaines d’années d’alternance droite-gauche suivies de huit ans de macronisme, caractérisés par le service exclusif du grand capital et une paupérisation continue des classes populaires. C’est bien pourquoi les partis traditionnels sont incapables de contrer une montée de l’extrême droite qui découle de toute leur politique. Les partis de gauche ne peuvent faire oublier aux classes populaires leurs reniements. La droite, séparée du RN par moins d’une feuille de papier à cigarettes, est déjà prête à gouverner avec lui, si ce n’est à le rejoindre. Et tous semblent singer le RN en tenant un langage de plus en plus réactionnaire, nationaliste, patriotard, protectionniste, voire xénophobe. L’unanimité du corps politique sur la défense des intérêts « des Français », de « notre armée », de « notre » indépendance alimentaire, de « nos » frontières, etc., le démontre chaque jour.

Cette unanimité fait le lit du RN tout en préparant les restrictions, les sacrifices, les répressions et la suite prévisible, au-delà des circonstances politiciennes. Les travailleurs ne peuvent accepter d’y être enfermés et c’est en luttant pour leurs intérêts de classe qu’ils peuvent briser cette sinistre unanimité.

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