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Leur société
Michelin : un don en forme de vol
Le PDG de Michelin vient de rembourser à l’État 4,3 millions d’euros d’aides publiques, reçus en 2016 dans le cadre du CICE, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi.
Ce aides étaient censées être utilisées par l’usine de La Roche- sur-Yon « pour se moderniser ». Trois ans plus tard, l’usine fermait !
En fait, la somme reversée l’a été suite aux conclusions d’une commission d’enquête sénatoriale, menée conjointement par un élu PCF et un élu LR, ainsi qu’après une émission Cash Investigation qui dénonçait ces millions versés en pure perte… sauf pour le patron. La prétendue modernisation n’avait pas eu lieu, et les quelques machines acquises avaient disparu. Et quand, en octobre 2019, Michelin annonçait la fermeture de l’usine, il mettait 619 travailleurs à la rue. Au passage, outre l’argent public, Michelin avait encaissé les profits issus de la surexploitation imposée aux salariés, sous prétexte d’un plan de compétitivité. Il y avait eu l’obligation de travailler en 4×8, trois samedis sur quatre et seize dimanches dans l’année.
En bon gestionnaire fort de ses amitiés, Michelin parvenait de surcroît, en février 2023, à revendre le site au conseil d’agglomération de La Roche-sur-Yon, présidé par un élu Horizons, pour 9,3 millions d’euros.
Après la fermeture du site vendéen, les cadeaux avaient continué à tomber, les suppressions d’emplois également. Même après la fin du CICE, Michelin pouvait compter sur une pluie d’argent public : le soutien à l’économie de la période Covid (200 millions d’euros en 2020), l’indemnisation du chômage partiel, le crédit impôt recherche (42 millions en 2023). Et, rien qu’en France, en 2025, Michelin fermait les usines de Cholet et de Vannes, mettant 1 200 salariés au chômage et annonçant parallèlement aux heureux actionnaires un bénéfice de 1,9 milliard d’euros.
Le cas Michelin souligne les flots d’argent public qui irriguent les capitalistes, pour un total de 211 à 270 milliards distribués à fonds perdus en 2023, par exemple. Si la restitution des 4,3 millions par Michelin constitue une « victoire éthique » aux yeux du sénateur PCF de la commission d’enquête, elle a dû être versée sous forme de « don » au fisc, la case « remboursement d’un vol » n’étant pas prévue par l’État dans un tel cas.