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- Lutte ouvrière n°3009
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Dans les entreprises
Meggitt Parker – Avrillé : contre la mise au pas
Les 24 et 25 mars, la moitié des 350 salariés de Meggitt Parker d’Avrillé, près d’Angers, a fait grève pour s’opposer à un réaménagement du temps de travail.

Dans cette usine qui produit des capteurs, des petits moteurs électriques et des composants pour l’aéronautique civile et militaire, la direction veut bouleverser les horaires afin de coller à la hausse des commandes entraînée par le contexte guerrier. Horaires fixes plutôt que variables, pointage des pauses, baisse du nombre de RTT, recours possible aux 2 × 8, semaines « hautes » et « basses » : les changements annoncés au nom de la performance suscitent la colère.
Pour faire passer son plan, la direction n’a pas lésiné, entre lettre explicative à chacun des salariés (dits « collaborateurs » !), et « pédagogie » en petits groupes. Elle propose même plusieurs « scénarios ». Mais chacun comprend que cela reviendrait à choisir à quelle sauce être mangé. Et Parker ne cache même pas que, sans signature des délégués CSE avant fin 2026, il imposerait son choix.
Dès le 9 mars, 150 salariés mécontents se sont réunis et ont adopté le principe d’une grève à la fin du mois. Lors d’un nouveau rassemblement le 23, la grève a été votée pour le lendemain. Le 24 mars, près de 200 grévistes se sont rassemblés à l’entrée de l’entreprise, tous secteurs et catégories confondus. La dernière grève remontait à 2020 contre un plan de 20 licenciements, et cela faisait du bien de se retrouver tous ensemble.
Pour décourager les grévistes, la direction locale a vite fait passer le message qu’elle n’avait pas le feu vert de l’étage supérieur pour discuter des revendications. Un élu au CSE a alors expliqué que continuer la grève « sans interlocuteur » serait difficile mais, devant les protestations, il a dû promettre un vote dans l’après-midi.
Fin du débrayage, débrayage le lendemain uniquement ou combinaison de débrayages sur plages variables et de travail sur plages fixes : les choix proposés semblaient conçus pour affaiblir le mouvement ! À main levée, c’est la moins mauvaise option, la reconduction de la grève le lendemain avec présence devant l’usine, qui l’a emporté.
Le mercredi 25 mars, les grévistes ont donc maintenu un piquet de grève, certes par roulement mais tout de même à 150. Cette action a permis de faire connaissance et de discuter des modalités du mouvement ainsi que de la rapacité des actionnaires, jamais rassasiés. L’an passé, Parker (qui a racheté Meggitt pour 8,8 milliards en 2022) a quand même gagné 2,2 milliards de dollars, sans compter les millions reçus de l’agglomération, du département et de la région, au nom de la construction d’une nouvelle usine à Avrillé.
Jeudi matin, les élus au CSE ont finalement décrété la cessation de la grève, sans vote des salariés. Préservation de trois jours de RTT et d’un quart d’heure de souplesse pour l’embauche du matin : c’est pourtant loin du compte. Même s’il y a de la déception, la révolte est encore là et bien des grévistes, forts de l’expérience de ces deux jours de piquet, ont en tête la poursuite de la contestation. Comme l’a dit l’un d’entre eux : « Pas d’autre moyen que la grève pour faire reculer le patron ».