Mayotte : une eau pas très transparente21/01/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/01/une_2999-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg

Leur société

Mayotte : une eau pas très transparente

Depuis le 19 janvier un procès pour corruption autour des marchés de l’eau à Mayotte se déroule devant le tribunal correctionnel de Paris.

Le principal mis en cause est l’ex-président du syndicat intercommunal des eaux de Mayotte. Avec cinq autres responsables, il est accusé d’avoir attribué à des entreprises des contrats sans mise en concurrence, dont certaines pour des travaux fictifs, et même de s’être fait offrir des voitures en échange de l’obtention de chantiers… Entre 2013 et 2017, ces combinards ont attribué pour 22,5 millions d’euros de commandes publiques, mais en les saucissonnant très souvent en lots de moins de 100 000 euros pour rester sous le seuil qui impose de recourir à une mise en concurrence transparente.

Cet argent public n’a pas été perdu pour tout le monde à Mayotte : cinq patrons ont déjà reconnu les faits pour éviter le procès public et ont été condamnés pour recel de favoritisme, et certains pour recel de détournement de fonds publics. Six autres chefs d’entreprise sont sur le banc des prévenus. L’affairisme du patronat local est un secret de Polichinelle : le Medef national vient même de décider de radier sa section mahoraise pour manquements graves à la transparence financière…

Alors que la justice suit lentement son cours, les habitants de bien des quartiers se débattent dans des difficultés croissantes pour avoir accès à l’eau, qui est loin d’être courante en permanence à Mayotte. Bien des politiciens locaux et nationaux ont dénoncé ce scandale mais ont préféré en attribuer la responsabilité aux pauvres d’origine comorienne ou africaine. L’État français n’a pas été en reste, lançant sa gendarmerie contre leurs habitations de fortune pour les faire déguerpir.

Cette politique raciste n’a rien changé au sous-dimensionnement du réseau de distribution d’eau potable à Mayotte, et n’a pas fait couler l’eau plus souvent qu’auparavant. Le procès met en évidence la mainmise d’un patronat avide sur les services publics, aidé par des responsables pas très regardants, tous en bonne partie comptables des difficultés quotidiennes de la population de Mayotte.

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