Loi Yadan : l’antisionisme criminalisé ?21/01/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/01/une_2999-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg

Leur société

Loi Yadan : l’antisionisme criminalisé ?

Le 26 janvier, l’Assemblée doit se pencher sur une proposition de loi déposée il y a 15 mois visant à « lutter contre les formes renouvelées d’antisémitisme ». Elle porte le nom de la députée macroniste Caroline Yadan, élue dans la 8e circonscription des Français de l’étranger où ceux établis en Israël pèsent majoritairement.

Ce n’est pas la première fois que le parti de Macron essaye de se poser en protecteur des Juifs de France, en concurrence avec la droite et le RN. L’argumentation est simple : les actes antisémites sont plus nombreux qu’avant – ce qui est vrai – car ils seraient encouragés par ceux qui critiquent l’État israélien – ce qui est faux.

La proposition de loi Yadan consiste donc en une répression accrue du « fait de tenir publiquement des propos présentant des actes de terrorisme comme une légitime résistance » ou de qui « les minore, relativise ou banalise ». Déjà des militants syndicaux ou de gauche ont été condamnés pour avoir expliqué par tract ou sur les réseaux sociaux que l’attaque du Hamas du 17 octobre 2023 se situait dans le cadre d’une guerre qui oppose depuis des décennies l’État israélien à la population palestinienne et aux organisations qui luttent en son nom. Avec cette nouvelle loi, d’autres seraient mis en examen pour apologie « indirecte » du terrorisme, comme le font bien des dictatures dans le monde.

Il est vrai que l’attaque du mouvement nationaliste religieux Hamas était une des pires façons de remettre sur le devant de la scène la lutte des Palestiniens. Non seulement le fait de tuer au hasard des civils israéliens était condamnable, mais il n’a en rien fait avancer la cause de la libération nationale du peuple palestinien. Au contraire, il a facilité la politique de Netanyahou et la guerre à outrance qu’il mène à la population de Gaza et de Cisjordanie, mais il ne la justifie évidemment en rien.

Cette proposition de loi s’inscrit dans la criminalisation de toute critique du sionisme, assimilée à de l’antisémitisme. Qui décidera si des actes sont du terrorisme ? Qui décidera ce qu’est une légitime résistance ? En une autre époque, durant le régime de Vichy de 1940 à 1944, des juges français ont condamné à mort pour terrorisme ceux qui se battaient au nom de la résistance… Et demain si cette loi passe, s’appliquera-t-elle de la même façon à quelqu’un qui soutient la lutte des Palestiniens et à un autre qui prétend que l’État israélien est en état de légitime défense lorsqu’il terrorise toute une population en tuant des dizaines de milliers de civils Gazaouis ?

Ce type de loi ne pourra pas faire reculer les préjugés antisémites, alimentés en partie par ceux qui considèrent que tout Juif, vivant en France ou même dans l’État d’Israël, est nécessairement un soutien de la politique de cet État et des crimes qu’il commet contre les Palestiniens. En revanche, ce pourra être une arme de plus dans les mains de l’État français pour tenter de faire taire ceux qui le critiquent et notamment tous ceux qui dénoncent sa complicité avec la politique génocidaire des dirigeants israéliens et leur terrorisme d’État. Ils seront tout simplement passibles de l’accusation de « terrorisme » !

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