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Leur société
Guyane : la production pétrolière, une perspective pour qui ?
Jeudi 29 janvier, le Sénat a adopté une proposition de loi portée par Georges Patient, élu de Guyane et macroniste, qui vise à abroger en outre-mer la loi Hulot de 2017.
L’objectif est de lever les interdictions « de recherche, d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures ».
Pour l’instant le principal résultat de cette proposition a été de semer une petite zizanie dans le gouvernement. Georges Patient ne fait qu’exprimer ce que pensent la plupart des élus de Guyane, tous partis confondus. Sénateurs, députés, membres de la Collectivité territoriale de Guyane, etc., dénoncent, certes à juste titre, le sous- développement de la Guyane et accusent le gouvernement de faire obstruction à tout développement économique par « dogmatisme écologiste » ou « écolonialisme », en empêchant la Guyane d’utiliser ses ressources naturelles comme le pétrole, mais pas seulement. Le sous-sol guyanais est connu pour ses ressources en or et posséderait également diamants, bauxite, cuivre…
Sur le pétrole, le raisonnement part du constat que tous les pays alentour ont découvert de vastes gisements offshore, non loin des côtes, concluant : « et pourquoi pas nous ? » Au nord, le Guyana en exploite depuis 2019 et le Suriname est en phase de construction de ses installations pour une mise en production en 2028. Au sud, le Brésil vient de découvrir un immense champ à la frontière avec la Guyane. Ainsi cernée, la Guyane française, qui fait partie du même complexe géologique, peut faire rêver.
Les associations écologistes, les pêcheurs, les peuples autochtones, et bien d’autres, font plutôt des cauchemars notamment quant aux risques de marée noire. À ce sujet, des partisans de l’exploitation du pétrole répondent que de toute façon le risque existe, venant des installations brésiliennes, surinamaises, et donc que, perdu pour perdu, il ne faudrait pas hésiter…
Ceux qui ont un vrai intérêt dans l’affaire sont les grands groupes pétroliers à commencer par TotalEnergies dont ces élus se font en quelque sorte les porte-parole. Il est vrai que l’entreprise en question prétend que la Guyane n’est pas un objectif dans la mesure où elle y a mené cinq forages d’exploration pétrolière en 2019, obtenant donc déjà une dérogation à la loi Hulot, débouchant sur un constat d’échec.
Au-delà de cet aspect très concret, qui ne fera peut-être pas jaillir la moindre goutte de pétrole, les politiciens guyanais martèlent leur envie de gérer les ressources, encore plus qu’ils ne le font déjà, et donc d’avoir d’avantage d’autonomie, si ce n’est d’indépendance. Pour gagner la population guyanaise à cette idée, ils affirment qu’en prenant les rênes localement, ils assureront un développement que la Guyane n’a pas eu jusque-là. Le pétrole amènerait « des retombées » magnifiques pour la population locale, prétendent-ils.
Il y a là pour le moins de quoi se méfier. Tant que le pouvoir sera entre les mains de grands groupes industriels et financiers, un développement économique quel qu’il soit n’entraînera aucune amélioration du sort des travailleurs. Le Guyana voisin, pris en exemple par ces élus, le montre bien : des installations pétrolières sortent de terre, accompagnées de belles perspectives de profit pour TotalEnergies, sans que la population voie autre chose que des miettes tomber de la table.