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Dans le monde
Groenland : de lourdes menaces
Face à la menace de Trump de prendre le contrôle du Groenland, plusieurs gouvernements européens ont monté une opération baptisée « Arctic endurance » et envoyé des soldats, officiellement en reconnaissance. Leur objectif proclamé était de manifester leur solidarité avec le Danemark et démontrer la cohésion de l’Union européenne dans ces circonstances.

Les effectifs engagés, tout symboliques, représentent un aveu de faiblesse, mais pas seulement. Cette opération atteste aussi du fait que la rivalité entre l’impérialisme en chef, les États-Unis, et les impérialismes européens de seconde zone s’approfondit, et que, dans ce système, cela se joue aussi sur le terrain militaire.
Une quinzaine de soldats ont ainsi été envoyés le 15 janvier par la France. Un nombre du même ordre l’a été par l’Allemagne, mais ils ne sont même pas restés quarante-huit heures. Le Royaume-Uni a annoncé avoir envoyé un unique officier. L’Italie, de son côté, s’est déclarée opposée à toute aventure militaire et plaide pour une solution négociée. En fait de cohésion, l’Union européenne fait plutôt la démonstration de sa division et de son impuissance.
Trump a riposté en menaçant les pays qui ont envoyé des soldats au Groenland de nouvelles hausses des tarifs douaniers : 10 % en plus dès le 1er février et 25 % supplémentaires après le 1er juin. Une partie des dirigeants européens, dont Macron, toujours le plus va-t-en guerre en paroles, ont déclaré être prêts à utiliser le « bazooka commercial », un ensemble de mesures de rétorsion consistant à limiter certaines importations en provenance des États-Unis et l’accès des entreprises américaines aux marchés publics.
Quels que soient les développements de cette crise, les États européens ne défendent pas le « droit international » face à un Trump qui serait le seul adepte de la loi du plus fort. En réalité, les dirigeants des États européens ne font que défendre la place de leur bourgeoisie dans l’arène capitaliste mondiale, dans un contexte où la concurrence s’exacerbe, réduisant les plus faibles à la portion congrue. Et aucun de ces dirigeants ne se préoccupe des intérêts et des aspirations des peuples. La population groenlandaise compte aussi peu à leurs yeux qu’aux yeux de Trump. Ainsi, le Danemark, qui a colonisé l’île inuite, a réduit ses habitants autochtones à la condition de citoyens de seconde zone. En octobre, des dizaines de femmes groenlandaises ont rappelé au gouvernement danois que, dans les années 1960-1970, le royaume avait imposé la stérilisation forcée à des milliers de femmes.
L’État français, par la bouche de Lecornu comme par celle de Mélenchon, de Le Pen et de Roussel, s’offusque d’autant plus des prétentions de Trump sur le Groenland qu’il tient à ses possessions coloniales, de Mayotte à la Nouvelle- Calédonie, en passant par les Antilles, la Polynésie, la Guyane et la Réunion. Elles lui confèrent, en effet, le deuxième plus grand espace maritime au monde et la promesse de profits renouvelés et d’affirmation impériale.