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Dans le monde
Gaza : cadavres sous les décombres
Pour justifier la continuation de la guerre à Gaza, Netanyahou dénonçait l’utilisation par le Hamas des corps d’Israéliens décédés comme d’une monnaie d’échange. Mais le gouvernement israélien se livre lui aussi, et à une tout autre échelle, à cette sordide pratique.

Le gouvernement de Netanyahou lui-même vient de reconnaître que la guerre à Gaza a fait plus 70 000 morts. Mais nul ne sait combien de Palestiniens ont disparu, ensevelis sous les décombres, ni combien de corps sont détenus par l’armée israélienne. Près de 360 cadavres de Palestiniens, dont beaucoup méconnaissables, ont été remis dans le cadre des échanges organisés avec le Hamas en contrepartie de la libération d’otages. Mercredi 4 février, 54 autres corps ont été transférés à Gaza, en même temps qu’une soixantaine de boîtes contenant les restes d’un nombre indéterminé de Palestiniens.
Héritée des autorités coloniales britanniques, la pratique consistant à refuser de restituer les dépouilles des Palestiniens à leurs familles a cours depuis la création de l’État d’Israël. En 1948, les milices des organisations sionistes se sont livrées à des massacres dans des villages arabes pour terroriser leurs habitants et les pousser à fuir. Les corps ont souvent été enterrés dans des fosses communes qu’on continue de découvrir aujourd’hui lors de travaux pour des parkings de plage ou dans des stations touristiques. Dans les années qui suivirent, pour enterrer les corps de Palestiniens tués par l’armée, les autorités israéliennes créèrent des « cimetières de morts ennemis », dans des zones militaires fermées dont les tombes n’étaient identifiées que par des numéros.
En 2017, le gouvernement a institutionnalisé ces pratiques en décrétant officiellement que les corps de Palestiniens tués « lors d’opérations terroristes » ou décédés en prison seraient conservés pour être utilisés comme monnaie d’échange. Conservés au Centre national de médecine légale d’Israël dans des congélateurs, certains n’ont été rendus à leurs familles que dans des conditions strictes, sans que celles-ci aient la possibilité de les examiner avant l’enterrement. Selon le décompte d’une ONG palestinienne, quelque 672 corps de Palestiniens de Cisjordanie et de Jérusalem-Est sont ainsi encore retenus par l’État israélien.
Cette politique est à l’image de la violence employée par les dirigeants israéliens depuis 80 ans pour priver les Palestiniens de leurs terres, de leurs biens et de leurs droits. Depuis sa naissance, l’État israélien mène une guerre permanente aux Palestiniens avec la complicité plus ou moins ouverte des grandes puissances, États-Unis en tête. Aujourd’hui encore, après près de trois années d’un massacre de masse à Gaza, la plupart des gouvernements occidentaux n’ont pas un mot pour condamner le terrorisme d’État israélien et la façon dont il prend en otages les Palestiniens, vivants ou morts.