Ehpad privé Les Feuillants – Poitiers : grève pour la dignité01/04/20262026Journal/medias/journalarticle/images/2026/04/P14-2_Greve_EHPAD_photo_grevistes_C_LO.jpg.420x236_q85_box-1%2C0%2C799%2C449_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Ehpad privé Les Feuillants – Poitiers : grève pour la dignité

Après avoir fait six jours de grève, fin février, pour revendiquer de véritables augmentations salariales et des conditions de travail dignes, des travailleuses de la maison de retraite Les Feuillants, à Poitiers, sont reparties en grève depuis le 23 mars face au refus de toute négociation de la direction.

Illustration - grève pour la dignité

La colère est partie suite à l’annonce du résultat des négociations salariales. La direction affichait une augmentation sensible… en intégrant la prime Ségur dans le calcul du taux horaire. Sans cette entourloupe, la revalorisation réelle des salaires est bien loin de ce qui est nécessaire pour faire face à l’augmentation du coût de la vie. Avec le slogan « travail précieux, salaire honteux ! », scandé dans leurs manifestations, les grévistes ne s’en sont pas laissé conter car la prime ne fait pas le salaire.

En sous-effectif constant, ce qui peut se traduire par la prise en charge de 13 résidents par salariée et rend difficile les manipulations de certains d’entre eux, avec un temps de présence quotidien dans la structure de 12 heures, mobilisées un week-end sur deux, les aides- soignantes et agents de service hospitalier de cette maison de retraite ne mégotent pas leur dévouement aux résidents. Tout cela pour des salaires qui n’atteignent le smic qu’avec un complément. Après des années d’ancienneté et en comptant la prime Ségur, certaines ne gagnent guère plus de 1 600 euros.

Suite aux six jours de grève de février, non seulement la direction n’a pas ouvert de véritable négociation salariale, mais elle a commencé à montrer son vrai visage par des mesures de représailles contre les grévistes et la non-reconduction de travailleurs en CDD ayant participé au mouvement (prévus pourtant dans les plannings avant la grève). Un des directeurs, candidat socialiste à la mairie de Poitiers, s’est même payé le ridicule de menacer d’envoyer un huissier devant le piquet de grève au prétexte que la voie occupée – mais nullement bloquée – était un passage privé, ce qui est faux car celle-ci dessert plusieurs structures non liées à l’Ehpad. Un huissier a tout de même été mandaté pour relever le niveau sonore de la sono des grévistes, qui était bien loin d’atteindre celui des travaux de rénovation de la chapelle voisine ! Heureusement que le ridicule ne tue pas.

La grève a repris depuis le 23 mars et s’est étendue à deux autres établissements, La Rose d’Aliénor, à Poitiers, et La Rêverie, à Château-Garnier, dans le sud du département. Tablant sur le pourrissement du mouvement et ne pouvant plus faire fonctionner l’établissement, la direction du site des Feuillants n’a pas hésité à s’essuyer les pieds sur ce qu’il reste du code du travail en ayant recours à l’intérim – dénoncé par les grévistes – pour casser la grève, le tout agrémenté d’un dépôt de plainte contre une conseillère départementale du PCF qui avait apporté son soutien aux travailleuses mobilisées.

De l’argent, il y en a pourtant pour rémunérer dignement ces travailleuses dont le métier est utile à la collectivité et qui sont salariées du groupe Vivalto Vie, qui gère près de 70 Ehpad en France, Espagne, Portugal, Belgique et Europe centrale. C’est une filiale du groupe capitaliste Vivalto Santé (troisième groupe d’hospitalisation privé en France), contrôlé lui-même par la holding Vivalto Partners, regroupant la BNP, le Crédit agricole, Arkéa Capital et d’autres fonds d’investissement opérant dans les secteurs de la pharmacie, des soins optiques et des compléments alimentaires. Tout cela génère des profits à tel point qu’un des patrons de ce groupe, Daniel Caille, figurait dans le classement des grosses fortunes 2024 du magazine Challenges, avec 200 millions d’euros à la clé.

Lundi 30 mars, les grévistes des sites poitevins ont fait le déplacement dans le sud du département pour rejoindre leurs camarades de l’Ehpad La Rêverie. Leur mouvement gagne en ampleur et en soutien dans la population. De véritables augmentations salariales et la réintégration des grévistes CDD licenciées sont à portée de leur détermination.

Partager