“Conseil de la paix” : comment Trump prépare la guerre21/01/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/01/une_2999-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg

Dans le monde

“Conseil de la paix” : comment Trump prépare la guerre

Le 17 janvier, Trump a fait savoir au monde que le Conseil de la paix, créé sous son égide pour, disait-il, régler la situation à Gaza, allait désormais s’occuper de faire régner la paix et la prospérité sur la planète entière. Sous sa direction éclairée, naturellement.

Durant sa campagne électorale, en 2024, Trump promettait de régler la question palestinienne d’un claquement de doigts et d’apporter la paix en Ukraine en 48 heures. Non seulement les tueries se poursuivent sur ces deux terrains, mais le président américain a depuis un an envoyé missiles et bombardiers au Yémen, en Syrie et en Iran, puis kidnappé le président vénézuélien. Il menace désormais de saisir le Groenland, voire le Canada. Il a cessé de financer les organisations internationales d’aide aux populations et s’est retiré des traités qui suggèrent de respecter l’environnement. De plus, dans tous les pays, Trump et son administration encouragent les partis et les politiciens d’extrême droite qui se proposent d’écraser les luttes des travailleurs. Enfin, last but not least, partout dans le monde et par tous les moyens, le président favorise les affaires de ses amis milliardaires et les siennes propres, fût-ce au prix de la guerre.

Son Conseil de la paix a donc tout de la sinistre plaisanterie. Les seuls dirigeants qui ont d’ores et déjà accepté d’y participer, voire de payer un milliard de dollars en espèces le droit d’entrée au club, sont ses obligés, comme le roi du Maroc ou le président argentin. Les dirigeants des grands pays européens n’ont pour l’instant pas répondu, ce qui a déclenché de nouvelles rodomontades de Trump. Même Macron, qui s’est pourtant contenté de décliner poliment l’invitation « à ce stade », est menacé de se voir infliger 200 % de taxe sur les vins de Champagne.

L’affaire pourrait apparaître comme une revanche puérile contre le secrétaire général de l’ONU, qui a critiqué Trump à plusieurs reprises et même contre le comité Nobel, qui ne lui pas décerné son prix de la Paix. On pourrait en rester là s’il ne s’agissait que d’un caïd de bac à sable, mais ce délire mégalomane est celui du chef de l’État le plus puissant du monde, de l’agent exécutif du principal impérialisme et de la bourgeoisie la plus riche. Il a d’autres raisons.

La concurrence de plus en plus féroce entre capitalistes, dans un marché mondial qui se rétrécit, sans autre perspective que la course aux armements et les bulles spéculatives, contraint la bourgeoisie américaine à aller se servir dans la gamelle des autres, selon l’heureuse expression de l’ex-PDG de Stellantis. Avec son Conseil de la paix, comme par toute sa politique, Trump propose à ses seconds couteaux allemand, français, britannique, japonais, etc., d’apporter eux-mêmes le contenu de leurs gamelles au suzerain, faute de quoi il ira se servir lui-même.

Cette politique a été relativement efficace en ce qui concerne certains grands groupes privés européens qui, l’an passé, sont allés à Washington arranger directement leurs affaires avec Trump. Elle a continué à fonctionner vis-à-vis de l’Union européenne qui a, au mois d’août, signé un traité permettant aux États-Unis d’augmenter les taxes qui frappent leurs produits. Et si la volonté de Trump d’annexer le Groenland et sa prétention de remplacer l’ONU par un club de féaux à sa botte se heurtent à une levée de boucliers, on verra s’ils ne sont pas en carton.

Il est peu probable, vu les rapports de force et l’intrication des économies, que les Européens résistent longtemps sur le fond, même s’ils refusent d’en passer par les bouffonneries de Trump. Les bourgeoisies et les États européens, malgré toutes leurs déclarations et des dizaines d’années d’une union formelle, restent concurrents et incapables de s’allier, même pour résister à la pression américaine.

Derrière les déclarations de Trump, il y a la volonté d’affirmer sa toute-puissance, depuis l’explosion des crédits militaires jusqu’aux efforts d’embrigadement des vassaux, par exemple dans un Conseil de la paix qui serait plus à sa main que l’ONU.

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