Centres privés : la santé des profits31/12/20252025Journal/medias/journalnumero/images/2026/01/une_2996-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Centres privés : la santé des profits

La Somed, un centre de santé privé de Poitiers, a fermé ses portes brutalement début décembre, laissant 6 000 patients sans solution et licenciant ses 18 salariés, administratifs et praticiens.

La décision de justice ordonnant cette fermeture était motivée par le non-paiement des cotisations sociales patronales… depuis pas moins de trois ans ! De tels centres de santé, créés en 2019, ont essaimé à travers le pays et la liquidation des dix-neuf structures existantes touche onze villes dont Nantes, Lille, Rouen, Marseille, etc., en laissant une dette de 1,5 million d’euros. Depuis 2022, un fonds d’investissement, All Seas Capital, avait investi dans l’affaire. Afin de la rendre plus alléchante, des primes d’émission de 3,4 millions d’euros en 2020 et 3,3 millions en 2021, avaient été prélevées sur la trésorerie du groupe afin de gonfler artificiellement la valeur des actions. Las, les actionnaires ont jugé le retour sur investissement insuffisant et sont partis vers d’autres cieux en quête de placements plus rentables.

Assurant des soins dentaires, de médecine générale, de radiologie et autres, ces centres se développent dans le domaine de la santé du secteur 1, principalement fréquentés par les catégories populaires, car les soins y sont pris en charge par l’Assurance maladie, sans dépassement d’honoraires. Leur succès est d’autant plus grand que le secteur public est mis à mal par les politiques d’économies des gouvernements successifs, et que le nombre de médecins exerçant en libéral est bien en-deçà des besoins de la population. Ainsi, à Poitiers, 15 000 des 90 000 habitants n’ont pas de médecin traitant.

La rentabilité de telles affaires basée sur le remboursement des soins par l’Assurance maladie leur garantit une clientèle dont ils n’hésitent pas à gonfler la note par des actes médicaux non exécutés.

Le secteur de l’ophtalmologie stimule aussi l’appétit de tels investisseurs privés. À Poitiers, un centre exerçant dans le secteur 1 a fermé du fait de son déconventionnement par l’Assurance maladie. Les actes médicaux ne seront donc plus remboursés, ce qui a stoppé l’afflux de clientèle et donc supprimé l’intérêt de l’affaire. La décision de l’Assurance maladie est motivée par des soins non réalisés ou injustifiés mais facturés à la Sécurité sociale, qui évalue le montant du préjudice à près de 500 000 euros. Depuis 2023, 52 centres d’ophtalmologie privés, à l’origine d’une fraude atteignant 90 millions d’euros, ont fermé à travers le pays.

Le vice-président de la Fédération nationale des centres de santé soulignait, dans le Quotidien du médecin que ces modèles privés sont centrés sur « l’opportunité commerciale » plutôt que la santé publique. Il ajoutait : « Ici, ce sont des entrepreneurs qui voient un marché : des patients sans médecin traitant, des besoins ponctuels, mais pas une démarche suivie d’une population. »

On ne saurait mieux dire !

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