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Leur société
Cartes grises : au bonheur des mafias
En 2017, l’État a externalisé la délivrance des cartes grises et transféré les démarches des préfectures à plus de 30 000 opérateurs privés, garages et concessions automobiles. Le résultat, selon le rapport de la Cour des comptes, en a été une gigantesque fraude.
Selon ce rapport, « cette privatisation a ouvert des brèches qui ont permis à la petite délinquance et au crime organisé de pénétrer facilement dans ce système », rien de moins. L’habilitation des professionnels qui devaient remplacer les 1 900 agents des guichets « carte grise » officiels s’est faite après des contrôles sommaires. Des garages fictifs ont été déclarés grâce à de faux documents attestant d’un dépôt de dossier au tribunal de commerce. Ces sociétés ont vendu des cartes grises à des sociétés ou à des particuliers mais les véhicules restaient immatriculés au nom du garage « fantôme », qui disparaissait en temps voulu pour éviter les problèmes. Les usagers des véhicules étaient donc anonymes et ne payaient pas leurs amendes. Il y aurait près de 300 sociétés de ce genre qui auraient immatriculé près d’un million de véhicules. Parfois, les fraudeurs pirataient le système informatique de vrais garages et ceux-ci ont payé les pots cassés !
Entre 2022 et 2024 l’État aurait perdu 300 millions de taxe à l’immatriculation, au moins 166 millions d’euros sur les infractions saisies par les radars, et les communes 90 millions d’euros pour non-paiement de stationnement. Mais le rapport indique aussi que le sentiment d’impunité donné ainsi à des conducteurs irresponsables a pu causer des accidents graves et même mortels sans qu’ils aient à en répondre.
La Cour des comptes demande au gouvernement de revoir les habilitations, de revenir en partie en arrière sur cette privatisation. Voulue par l’État avide d’économie de personnel, elle lui revient en pleine figure.