Aide médicale d’État : deux décrets scélérats11/02/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/02/une_3002-c.jpg.445x577_q85_box-13%2C0%2C1284%2C1646_crop_detail.jpg

Leur société

Aide médicale d’État : deux décrets scélérats

Le gouvernement Lecornu vient de prendre deux décrets visant les sans-papiers qui souhaitent bénéficier de l’aide médicale d’État (AME). C’est un pas de plus vers la suppression pure et simple de ce dispositif, que demande de longue date l’extrême droite.

Il fallait jusqu’à maintenant joindre au formulaire de demande la copie de l’un des documents suivants : « carte d’identité, passeport, titre de séjour antérieur, extrait d’acte de naissance ou livret de famille, ou tout autre document de nature à attester de son identité ». Le nouveau décret limite désormais ces justificatifs aux seuls documents officiels comportant une photo. L’association Médecins du Monde estime que cela exclura des soins un tiers des demandeurs. Comment exiger en effet de migrants qui ont dû subir le racket des passeurs, les naufrages, parfois l’emprisonnement en Libye ou ailleurs, d’avoir pu conserver de tels documents malgré toutes leurs précautions ? Comment pourraient-ils faire venir ces documents de pays qu’ils ont parfois dû fuir pour sauver leur vie ? Déjà, actuellement, la moitié des personnes qui pourraient bénéficier de l’AME du fait de leur pathologie n’accèdent pas à ce droit par suite de tracasseries ou simplement par ignorance de l’existence de cette aide.

Les derniers gouvernements ont pris pour cible l’AME. Ils reprennent la campagne de la droite et de l’extrême droite affirmant que ce dispositif générerait un « appel d’air » pour les migrants. En septembre dernier Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur de François Bayrou, avait proposé d’en rendre l’accès plus difficile et de restreindre le panier de soins. Ni les considérations humanitaires ni les tribunes signées par des milliers de médecins expliquant que la suppression de l’AME engendrerait forcément une aggravation des risques sanitaires pour toute la population ne font reculer les hommes au pouvoir.

Le second décret indique que les agents des ministères, de l’Intérieur en particulier, ou ceux des consulats pourront avoir accès aux données à caractère personnel concernant les demandeurs de l’AME. Cette immixtion de la police dans le domaine personnel est une menace et pourrait inciter les sans- papiers tentant de régulariser leur situation à renoncer à se soigner pour ne pas donner de prétexte à un refus.

Cette campagne permanente visant à faire croire que le déficit de l’Assurance maladie serait dû à une aide ne représentant que 0,47 % des dépenses de santé est ignoble. En visant encore une fois à désigner les sans-papiers ayant risqué leur vie à travers les mers comme des profiteurs en puissance, elle veut surtout détourner les regards des travailleurs de ceux qui sont leurs vrais exploiteurs.

Partager