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Dans le monde
Afrique : requins en conférence
La principale conférence minière africaine se tient depuis lundi 9 février au Cap, en Afrique du Sud. Les quelque 10 000 participants, représentants des trusts miniers ou des gouvernements africains, vont s’y affronter pour dépouiller la population du continent des richesses qui auraient pu lui permettre de sortir de la misère.
La demande mondiale en minerais va quadrupler d’ici à 2040, prévoit l’Agence internationale de l’énergie, et on peut prévoir que les cours suivront. Le développement de l’informatique dans tous les secteurs, l’abandon des énergies fossiles, la multiplication de data centers géants vont doper cette évolution. Il y a déjà dans cette révolution technologique de quoi attiser la rivalité pour l’accès aux ressources minières, mais il faut y ajouter la guerre économique qui sévit à l’échelle de la planète entre les États-Unis, la Chine, l’Europe. Chaque État, chaque trust minier a plus que jamais à cœur de sécuriser ses approvisionnements.
Dans ce contexte, le continent africain est l’objet de tous les appétits. Dès aujourd’hui, on y extrait une grande partie de la production mondiale. L’Afrique du Sud et le Gabon dominent le marché du manganèse, la République démocratique du Congo produit 75 % du cobalt mondial, Madagascar et le Mozambique dominent le marché du graphite. Mais ce sont surtout les réserves inexploitées existant en Afrique qui sont impressionnantes. Tous minerais confondus, elles se montent à un tiers des réserves mondiales. Bien des mines pourraient être ouvertes dans des zones où l’insécurité a empêché l’exploitation industrielle. Des filons ne sont exploités que par des mineurs artisanaux venus de toutes les régions et l’absence presque totale de transports rend trop coûteux l’acheminement des minerais vers des usines de traitement ou des ports. Des motards jouant à cache-cache avec les bandits coupeurs de route suppléent parfois à l’absence de trains. Mais ce qui n’était pas rentable aujourd’hui pourrait le devenir demain en raison de la hausse de la demande et des cours.
Les États-Unis, engagés dans un bras de fer avec la Chine, qui possède une grande partie des mines africaines, s’impliquent en premier lieu dans cette ruée vers les minerais. C’est sous leur égide qu’a été signé en décembre à Washington un accord de paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, qui permettait à Trump de déclarer : « Nous obtenons une grande part des droits miniers du Congo. » Dans le même ordre d’idée, les États-Unis et l’Europe financent un corridor ferroviaire et routier entre la ville minière de Lumumbashi en RDC, la « ceinture de cuivre » en Zambie et le port angolais de Lobito.
Les représentants des gouvernements africains présents à la conférence tenteront pour leur part de se réserver quelques miettes en faisant monter les enchères, étant entendu que celles-ci ne profiteront pas à la population mais accroîtront leur propre fortune. En République démocratique du Congo, la présidence de la République ou le poste de gouverneur d’une province minière comme le Katanga vont de pair avec la possibilité de se constituer un empire financier au milieu d’une population parmi les plus pauvres du monde.
Les commentateurs aiment à parler de la « malédiction des minerais », mais c’est bien de la malédiction de l’impérialisme qu’il s’agit.