Manouchian : commémoration et récupération21/02/20242024Journal/medias/journalnumero/images/2024/02/2899.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Manouchian : commémoration et récupération

Quatre-vingts ans jour pour jour après son exécution, Macron, grand amateur de commémorations nationales, a choisi d’instrumentaliser la dépouille de Manouchian, ainsi que celle de son épouse, en organisant, mercredi 21 février, le cérémonial de leur entrée au Panthéon.

Le PCF, trop heureux de rappeler qu’il avait été le parti de la Résistance, s’est prêté à cette opération d’union sacrée. L’Humanité a ouvert ses pages à Macron pour une interview fleuve, lui permettant de se présenter en défenseur de valeurs humanistes, lui dont la politique ne cesse de présenter les étrangers comme une menace.

La plupart de ceux qui figuraient sur « l’affiche rouge » de sinistre mémoire seraient aujourd’hui appelés travailleurs immigrés, voire clandestins. Manouchian, arrivé en France à 18 ans en 1924, avait été débouté de deux demandes de naturalisation et avait été arrêté quelque temps à l’automne 1939 en raison du décret d’interdiction du PCF par le gouvernement Daladier. La République n’avait pas été plus accueillante pour Joseph Boczov. Hongrois, Juif communiste passé par les Brigades internationales pendant la guerre d’Espagne, il avait été parqué par la IIIe République au camp d’Argelès avec des milliers de réfugiés espagnols après la victoire de Franco en 1939. Interné ensuite au camp de Gurs, car « étranger indésirable » selon les décrets Daladier de 1938, il avait été livré aux autorités allemandes après juin 1940 et s’était évadé de déportation. Les autres avaient suivi des itinéraires semblables.

Alors, pour la mémoire de ces militants fusillés, condamnés par le régime de Pétain après leur arrestation par sa police bien française qui n’en allait pas moins être décorée en 1944 par de Gaulle, nous préférons publier un texte daté du 23 février 1944, publié dans la revue Lutte de Classes éditée clandestinement par l’Union communiste, le “groupe Barta” dont Lutte ouvrière est issue. Il a donc été écrit par nos camarades deux jours après que Manouchian et vingt-et-un de ses camarades eurent été fusillés.

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