La Poste : exploitation organisée des sans-papiers13/12/20232023Journal/medias/journalarticle/images/2023/12/P14-1_2023_04_29_Manif_loi_Darmanin_C_LO.jpg.420x236_q85_box-0%2C123%2C2362%2C1452_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

La Poste : exploitation organisée des sans-papiers

Le syndicat Sud PTT avait saisi le groupe La Poste au tribunal au motif d’avoir fermé les yeux sur l’exploitation de travailleurs sans papiers dans ses filiales de livraison de colis, Chronopost et DPD, et leurs multiples sous-traitants.

Illustration - exploitation organisée des sans-papiers

Le 5 décembre, le tribunal judiciaire de Paris a rendu son verdict et condamné La Poste pour avoir manqué à son devoir de vigilance. La loi de mars 2017, adoptée après le drame du Rana Plaza, ce complexe d’ateliers au Bangladesh où plus de 1 100 travailleurs étaient morts dans un effondrement en 2013, est censée imposer aux grands groupes donneurs d’ordres de s’occuper des conditions d’emploi des travailleurs par les sous-traitants. En fait, le seul résultat est en général un épais document sur papier glacé, avec beaucoup de graphiques Excel, accompagné de réunions et de parlottes.

Lorsque de nombreux travailleurs sans papiers sont entrés en lutte pour revendiquer leur régularisation, avec des piquets de grève comme à Chronopost Alfortville ou DPD Coudray-Montceaux, cela a contraint La Poste à rompre le contrat avec son sous-traitant Derichebourg sur ces deux sites. Cependant elle n’a pas régularisé pour autant les travailleurs concernés et continue les mêmes pratiques avec d’autres sous-traitants. Il y a un mois, 17 situations irrégulières ont été découvertes lors d’une descente de police à l’agence Chronopost de Saint-Ouen-l’Aumône, dans le Val-d’Oise. On ne sait pas d’ailleurs ce que sont devenus les travailleurs concernés.

Finalement, dans sa décision, le tribunal juge que le plan de vigilance de l’entreprise publique est insuffisant vis-à-vis des sous-traitants, et lui enjoint de l’améliorer. Néanmoins, prétendant que La Poste va dans le bon sens, les juges n’ont décidé d’aucune astreinte financière pour la pousser à mettre en application leurs décisions et n’ont pas accédé aux demandes de Sud PTT, qui demandait la liste complète des sous-traitants de l’entreprise, ce que cette dernière refusait au nom du secret des affaires.

Si un point a été marqué pour les travailleurs sans papiers en lutte, leur situation reste la même. Comme le disait un de leurs porte parole au rassemblement à Créteil le 7 décembre : « Au moins, la préfecture et la Direction départementale du travail du Val-de-Marne ne peuvent pas continuer à nous raconter qu’il n’y a rien d’anormal à Chronopost. Cela nous motive plus à exiger qu’elles prennent leurs responsabilités. »

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