Bardella, Le Pen, Zemmour, et Cie : dans la tradition antisémite15/11/20232023Journal/medias/journalnumero/images/2023/11/2885.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Bardella, Le Pen, Zemmour, et Cie : dans la tradition antisémite

Le ralliement de Marine Le Pen puis de Zemmour à la « marche contre l’antisémitisme » du 12 novembre a eu quelque chose de surréaliste, tant ces mouvements et leurs leaders présents ou passés ont prospéré ou prospèrent encore sur ce fumier qu’est l’idéologie antisémite.

Jordan Bardella, président en titre du RN, s’est senti obligé d’affirmer lors d’une interview, pour justifier ce ralliement : « Je ne crois pas que Jean-­Marie Le Pen était antisémite. » Cette sinistre plaisanterie n’est pas un accident, mais un message adressé à toute une extrême droite bien de chez nous, de tout temps nourrie au lait de l’antisémitisme. Jean-Marie Le Pen a proféré et réitéré ses propos antisémites pour complaire à ce milieu. Son adjoint à la fondation du Front national était un ancien de la ­Waffen SS. Le Pen a commencé sa carrière politique auprès de Poujade, prétendu défenseur des commerçants, qui faisait de l’antisémitisme son fonds de commerce en 1956. Même la justice bourgeoise s’est sentie obligé de condamner Jean-Marie Le Pen à plusieurs reprises pour antisémitisme et apologie de crimes contre l’humanité, tout comme Zemmour d’ailleurs.

Pour ajouter au grotes­que, il y a justement eu le ralliement, à cette manifes­tation contre l’antisémitisme, de l’autre pan de cette extrême droite, celui de Zemmour et d’une autre partie de la famille Le Pen, avec Marion Maréchal. Zemmour a tenu à affirmer à plusieurs reprises que « Pétain avait sauvé des Juifs français ». Chacun sait que celui-ci, non seulement a collaboré avec les autorités allemandes pour faire exterminer près de 80 000 Juifs déportés de France vers les camps de la mort, mais avait, sans que personne le lui demande, mis en place les lois anti-juives dès son investiture. Cet État bien français a exercé le pouvoir pendant quatre ans et l’a fait avec tout son appareil d’État, police, gendarmerie justice, huissiers, etc., appareil qui est resté en place et a continué après la Deuxième Guerre mondiale. Cet État, sous la conduite de Pétain et Laval, a organisé la chasse aux Juifs, avec la rafle du Vel’ d’Hiv et les multiples camps d’internement destinés aux Juifs, avant qu’ils soient redirigés vers Drancy, puis Auschwitz et les chambres à gaz. Et c’est ce même gouvernement français qui a tenu à ce qu’on ajoute à la déportation les enfants, oubliés dans les demandes des autorités allemandes.

Tout cela est bien connu, mais n’a pas empêché un Édouard Philippe, ancien Premier ministre et peut-être futur candidat présidentiel, de déclarer qu’il n’était pas gêné de se retrouver aux côtés du RN et de Zemmour. Le message était destiné à la grande famille de la droite française, ainsi pourvue, avec tous ses préjugés, d’un brevet de respectabilité.

Si l’antisémitisme est pour l’instant banni par toute cette frange bourgeoise, c’est simplement parce qu’elle peut se repaître en même temps à satiété du racisme anti-arabe ou anti-étrangers en général. Mais cette droite, qui a le culot de se présenter comme une combattante contre l’antisémitisme, s’en est servie depuis trop longtemps pour qu’il ne soit pas toujours présent chez elle et prêt à resservir si besoin. Dans les temps de crise, de possible ruine de la petite bourgeoisie, commerçants, avocats, médecins et tout ce qui les accompagne, l’antisémitisme, la haine du Juif, a toujours reparu, sans que cela gêne grand monde.

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