Antisémitisme : des politiciens qui feraient mieux de se taire08/11/20232023Journal/medias/journalnumero/images/2023/11/2884.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

guerre au moyen-orient

Antisémitisme : des politiciens qui feraient mieux de se taire

L’écrasement de la population de Gaza par les bombes israéliennes provoque une colère légitime. Mais « antisémitisme » est le terme injurieux dont se trouvent bien souvent qualifiés ceux, et ils sont nombreux, qui ressentent cette colère et l’expriment.

L’amalgame n’est pas nouveau : depuis que les dirigeants d’Israël ont choisi d’accepter le rôle de gendarme des peuples au Moyen-Orient, en se positionnant dès le départ, en 1947, comme garde-chiourme de la population palestinienne spoliée, s’opposer à leur politique a été taxé d’antisémitisme.

Les politiciens français soucieux de couvrir d’un voile leur complicité avec la politique colonialiste des dirigeants d’Israël leur ont emboîté le pas. Darmanin n’a de cesse d’additionner le moindre tag pour tenter de démontrer qu’il y aurait une « recrudescence des actes antisémites en France », comme le rabâchent les médias. Élisabeth Borne, elle, accuse ses adversaires politiques de gauche, lorsqu’ils se disent « antisionistes », de masquer en fait leur antisémitisme. Son mentor Macron, dans un dîner du CRIF, le Conseil représentatif des institutions juives de France, avait déjà déclaré que « l’antisionisme [était] une des formes modernes de l’antisémitisme ». Et les commentateurs se pressent de suivre cette définition, bien commode pour qui se refuse à critiquer la politique guerrière de l’État d’Israël.

C’est sur cette base que les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat ont appelé à manifester le 12 novembre, aussitôt approuvés par une clique de politiciens de droite et d’extrême droite.

Jordan Bardella, le nouveau numéro 1 du RN, ose fanfaronner : « Ça fait quinze ans que mon mouvement politique alerte la société française sur l’installation durable dans notre société d’un antisémitisme qui est le fruit d’un islam politique. » Il y a là un sacré culot de la part d’un dirigeant d’un parti dont le racisme et la haine des Juifs sont depuis toujours en bonne place dans le fonds de commerce.

La confusion est encore entretenue par les dirigeants israéliens quand ils se présentent comme les défenseurs, non seulement de leur État installé au Moyen-Orient, mais des populations juives du monde entier, menacées par l’antisémitisme et qui, en tout cas, l’ont payé durant la Seconde Guerre mondiale de six millions de morts. Ainsi, les politiciens français ou autres peuvent présenter toute opposition à la politique israélienne, dans les pays arabes ou en Europe et en Amérique, comme une manifestation de haine pour les Juifs en général, et donc comme un écho moderne du nazisme. Malheureusement, c’est la politique du pouvoir israélien vis-à-vis des populations arabes qui aujourd’hui en est la plus proche.

Contrairement à ce qu’avancent les tenants de l’ordre bourgeois et les défenseurs de l’ordre impérialiste, s’opposer à la politique agressive, colonisatrice, guerrière des dirigeants israéliens n’a rien à voir avec l’antisémitisme dont les populations juives ont souffert pendant des siècles. Au contraire, en Israël même, c’est Netanyahou et ses alliés d’extrême droite qui mettent en danger les habitants d’Israël, juifs et arabes. Et ailleurs, quels sont les responsables de la colère croissante, légitime, qui s’exprime contre ces dirigeants et les puissances impérialistes qui les soutiennent, si ce n’est ceux qui, après l’attaque meurtrière lancée le 7 octobre par le Hamas, ajoutent à des décennies d’oppression des Palestiniens, de guerres permanentes, la mort à la mort en enterrant Gaza sous les bombes ?

Il faut opposer un véritable antidote au poison du racisme, de la haine des Arabes, des travailleurs d’Afrique ou d’Asie, des immigrés de fraîche ou de longue date, et au vieux poison de l’antisémitisme, le vrai, qui peut toujours resurgir. C’est la conscience de faire partie de la classe ouvrière du monde, et de la nécessité de tout faire pour abattre le système capitaliste fauteur de guerre et de haines innombrables.

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